Société
Fausses infos médicales, le ministère lance son observatoire et mise sur TikTok
Un observatoire de la désinformation en santé voit enfin le jour, plus d’un an après avoir été promis, doublé d’un dispositif chargé d’organiser la…

Un observatoire de la désinformation en santé voit enfin le jour, plus d’un an après avoir été promis, doublé d’un dispositif chargé d’organiser la riposte sur les réseaux sociaux. Objectif affiché, mieux repérer les mensonges qui circulent sur le cancer du sein, les vaccins ou l’alimentation, et y répondre vite.
Le ministère de la Santé a présenté mercredi son observatoire de la désinformation médicale. Stéphanie Rist, rhumatologue de profession, n’a pas mâché ses mots devant la presse. La désinformation en santé est « un lent poison mortel », l’une des « principales menaces pour notre santé publique ». Le terrain de jeu est vaste. Vaccins, cancer, alimentation. Et le vecteur principal tient en un mot, les réseaux sociaux, coupables selon la ministre d’avoir « provoqué l’industrialisation de la fabrique du mensonge ».
La nouvelle structure hérite de trois missions. Documenter le phénomène, repérer les signaux qui émergent, diffuser des informations scientifiques fiables. Elle s’appuiera sur une expertise scientifique indépendante, publiera des baromètres et des travaux de recherche, et pourra animer des groupes de travail. Le projet traînait dans les cartons. Il avait été promis en avril 2025 par l’ancien ministre Yannick Neuder, puis repris par Stéphanie Rist dans sa stratégie nationale de lutte contre la désinformation, annoncée il y a dix mois.
À côté de l’observatoire, un « dispositif d’infovigilance » doit organiser la riposte concrète. Le principe repose sur une communauté d’acteurs publics, agences régionales de santé et instituts de recherche, chargée de faire remonter les « signaux faibles » repérés sur les réseaux sociaux ou constatés sur le terrain. Des experts produiront ensuite des réponses diffusées sur Santé.fr et sur les réseaux, notamment TikTok, via un nouveau compte baptisé « Le CheckUp ». La plateforme a été choisie parce qu’elle concentre le plus de cas de désinformation et qu’elle touche les jeunes, justifie le ministère. Dans certains cas, la réponse pourra tomber en quasi-direct, en commentaire sous des publications virales.
Le calendrier n’a rien d’anodin. On est en plein Octobre rose, le mois de sensibilisation au dépistage du cancer du sein, et le ministère insiste sur les dégâts que causent les fausses informations sur cette maladie. Le dépistage, les mammographies, les traitements, les effets secondaires, les pratiques alternatives, tout y passe.
Les chiffres donnent la mesure du problème. Une enquête en ligne menée du 6 au 12 mars auprès d’environ 2 000 personnes montre que 38 % des Français pensent être exposés à de fausses informations de santé au moins une fois par mois, et 18 % plus souvent encore. Trois sur dix disent même avoir déjà suivi une recommandation erronée. Avec, à la clé, un traitement interrompu pour 32 % d’entre eux ou une consultation médicale retardée pour 34 %.
Tout le monde ne partage pas l’enthousiasme. Le pharmacologue Mathieu Molimard, coauteur d’un rapport sur le sujet remis au gouvernement en janvier, parle d’annonces qui n’apportent « rien de nouveau ». L’observatoire, « c’est une idée obsolète, surtout sans moyens », tranche-t-il. Aucune enveloppe spécifique n’est en effet prévue. La veille reste assurée au sein de la direction de la communication du ministère, qui va « peut-être être un peu renforcée ». L’expert juge surtout inutile de courir après une désinformation « sans limite ». Il regrette l’absence d’une plateforme de signalement ouverte à tous les professionnels de santé et d’une réponse juridictionnelle pour sanctionner les désinformateurs. Son rapport, lui, recommandait dix mesures, dont un site grand public d’information médicale, indépendant des autorités politiques et validé par des experts.
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