Faits Divers
À Marseille, la guerre de la drogue marque une pause inédite
La ville a enregistré cinq assassinats liés au narcotrafic depuis le début de l’année, un niveau jamais vu. Cette baisse s’explique par la mainmise de la…


La ville a enregistré cinq assassinats liés au narcotrafic depuis le début de l’année, un niveau jamais vu. Cette baisse s’explique par la mainmise de la DZ Mafia et par les coups portés par la police et la justice.
Cinq assassinats liés au trafic de stupéfiants à Marseille depuis le début de l’année. Le chiffre peut sembler lourd, mais il marque une rupture avec les années précédentes. En 2023, la cité phocéenne avait connu 49 narchomicides. Puis 24 en 2024 et 16 en 2025. Cette décrue soudaine, qualifiée de jamais vue, tient à plusieurs facteurs qui se combinent.
D’abord, la DZ Mafia occupe une place dominante dans le narcobanditisme marseillais. Cette organisation née en 2023, après la guerre de territoires qui l’a opposée dans les quartiers nord au clan Yoda de Félix Bingui, impose aujourd’hui une sorte d’hégémonie. Son nom vient du code pays de l’Algérie, DZ, en référence aux origines de ses fondateurs. Sans chef déclaré, elle fonctionne comme un cartel mexicain, avec des cadres aux intérêts communs. Elle gère toute la chaîne, de l’approvisionnement à la livraison. Résultat, lorsque la guerre est gagnée, tuer devient moins nécessaire. Des responsables présumés sont d’ailleurs jugés pour un triple assassinat commis avant même la création du groupe.
Cette mainmise n’est pourtant pas totale. Une poche de résistance subsiste dans le 3e arrondissement, présenté comme le pré carré des « blacks », aussi appelés néo-Comoriens. À côté de cette géographie criminelle, l’action de la police et de la justice a aussi compté. Des commandos de tueurs ont été interpellés. Plus de 200 personnes mises en examen doivent être jugées successivement devant les assises des Bouches-du-Rhône. Les quartiers de lutte contre la criminalité organisée, où sont isolés les plus hauts responsables du narcobanditisme, ont aussi affaibli l’organisation. L’isolement rend plus difficile le recrutement et la commande d’assassinats.
Depuis leurs cellules, les principaux responsables continuaient pourtant de recruter et de commanditer des meurtres. Pour contourner la surveillance, ils ont détourné le système Telio, une ligne téléphonique dont ils bénéficient en détention. Ils y déclaraient des numéros protégés au nom des droits de la défense ou du secret médical, des avocats, des associations fantômes ou des services liés aux addictions. Les communications étaient renvoyées vers leurs lieutenants de terrain. Le stratagème a été démonté, avec au moins un avocat mis en examen et placé en détention. Auparavant, la prison servait de succursale du crime. C’est là qu’est née l’idée de la DZ Mafia, et que les alliances se sont nouées et dénouées d’un établissement à l’autre.
L’organisation a aussi diversifié ses revenus. Elle pratique des extorsions contre des commerces et des artistes de rap issus de la scène marseillaise. Son nom est apparu dans une tentative de racket visant le rappeur SCH, qui s’est soldée par l’assassinat d’un de ses proches en août 2024. La DZ Mafia affiche une volonté expansionniste, avec une extension interrégionale voire nationale, et une branche armée capable d’envoyer des commandos partout pour défendre ses intérêts.
La prochaine bataille se joue sur l’argent. Retrouver les revenus du deal reste très compliqué. Les enquêtes d’éco-crimes cherchent donc à remonter les circuits de blanchiment pour récupérer les avoirs criminels. Un exercice difficile, car l’argent est souvent réinvesti à l’étranger, dans des pays peu coopératifs. Autre cible, la bourgeoisie criminelle. Des banquiers, des notaires ou des avocats qui ne mettent pas les mains dans le trafic, mais dont les narcotrafiquants ont besoin pour se donner une façade légale. En France, le trafic de stupéfiants génère plus de six milliards d’euros de revenus.
Quel avenir pour la DZ Mafia ? Ses cadres dirigeants, isolés dans les quartiers de lutte contre la criminalité organisée, pourraient perdre de leur influence et tomber dans l’oubli. Les procès à venir et les peines déjà prononcées, jusqu’à 25 ans de prison pour certains, pourraient sceller le sort de l’organisation. Mais le narcobanditisme avance vite et la nature a horreur du vide. L’apparition de la DZNG, pour DZ Mafia nouvelle génération, en 2026, appelle à la prudence. À ce stade, les futures têtes n’ont pas encore fait surface.
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