Monde
Erik Prince et ses hommes s’enracinent dans la guerre de l’est congolais
L’ex-patron de Blackwater a signé un contrat avec Kinshasa pour sécuriser les mines, mais ses paramilitaires soutiennent désormais l’armée congolaise face…


L’ex-patron de Blackwater a signé un contrat avec Kinshasa pour sécuriser les mines, mais ses paramilitaires soutiennent désormais l’armée congolaise face au M23. Un modèle d’influence inédit dans la région, qui brouille les pistes.
Erik Prince n’a pas disparu du paysage. Le fondateur de Blackwater, société militaire privée connue pour ses dérives en Irak, s’est taillé une place de choix au cœur de la République démocratique du Congo. Un contrat signé en 2024 avec le ministère des Finances congolais, dont la valeur pourrait atteindre entre 100 et 200 millions de dollars, prévoit officiellement d’aider Kinshasa à sécuriser ses sites miniers, à mieux collecter ses impôts et à lutter contre la contrebande de minerais à ses frontières. Sur le papier, une mission de sécurité. Dans les faits, une tout autre histoire.
Car les hommes de Prince ne se contentent plus de garder des mines. Leur rôle s’est étendu au front, dans l’est du pays, où ils offrent un appui opérationnel à une armée congolaise dépassée. Le conflit y dure depuis trente ans. Le recours à des mercenaires étrangers n’y est pas une nouveauté, mais l’ampleur du dispositif actuel marque un tournant. En janvier 2025, des centaines de paramilitaires roumains se retrouvent coincés devant la principale base des casques bleus à Goma, ville qui s’apprête à tomber aux mains du M23, soutenu par l’armée rwandaise. Bloqués plusieurs semaines, ils finissent par être rapatriés par la frontière rwandaise, escortés par le M23 lui-même. Les combattants roumains et français employés par la société Agemira n’ont rien pu empêcher. Fin juillet 2025, le contrat de Congo Protection, l’ancien nom d’Agemira, est brutalement résilié par les autorités congolaises.
Kinshasa, pourtant, ne renonce pas. Malgré la débâcle de Goma, le pouvoir continue de faire appel à des paramilitaires étrangers pour épauler une armée nationale peu fiable et mal équipée. Dans les mois qui suivent les offensives du M23, les lignes de front finissent par se stabiliser. En décembre, la RDC et le Rwanda signent sous médiation américaine un accord qui ne met pas fin au conflit. Sur le terrain, les drones prennent une place de plus en plus importante.
C’est là qu’entre en scène Kisangani. D’anciens membres d’Agemira sont redéployés dans cette ville de la province de la Tshopo, à plusieurs centaines de kilomètres du front, mais dotée d’un aéroport stratégique. Leur mission? Piloter des drones de fabrication chinoise, des CH4, qui frappent régulièrement les positions du M23. Kisangani est devenue une nouvelle plaque tournante pour les déploiements de sociétés militaires privées. Des entreprises sud-américaines y ont aussi été repérées, leurs soldats visibles sur le tarmac en treillis vert, affairés autour des aéronefs militaires. Des logements pour plusieurs milliers de ces personnels y auraient été construits. Personne, pas même les observateurs les plus avertis, ne parvient à identifier formellement l’employeur. Un nom revient sans cesse, celui d’Erik Prince.
L’homme d’affaires, proche de Donald Trump, se serait imposé comme un acteur incontournable de l’économie politico-sécuritaire congolaise, avec un modèle de sécurité inédit dans la région. Son groupe aurait aussi épaulé les forces spéciales congolaises et certaines unités de l’armée, notamment par la surveillance et d’autres formes d’assistance technique, en janvier 2026, lors d’opérations destinées à reprendre la ville d’Uvira au M23. Deux paramilitaires travaillant pour lui, un Néo-Zélandais et un ancien des forces spéciales américaines, ont été pris dans une embuscade en septembre. L’un est mort, l’autre blessé. Sollicité, Erik Prince n’a pas répondu. Deux sociétés qui défendent ses intérêts en RDC, Vectus Global et Quantum Global Consulting, ont pignon sur rue à Kinshasa. Leurs responsables, eux, restent très discrets.
Leurs employés, en revanche, se font remarquer. À Kalemie, capitale de la province du Tanganyika, des gaillards occidentaux traînent au bord de la piscine d’un hôtel, dans cette région reculée du sud-est du pays. Ukrainiens, Israéliens, Sud-Africains ou Algériens, ils se présentent comme pilotes ou formateurs, parfois anciens des forces spéciales. Certains racontent avoir combattu comme mercenaires dans d’autres conflits africains et affichent sans complexe des opinions proches de l’alt right américaine. Le Tanganyika occupe une position stratégique, à mi-chemin entre les lignes du M23 dans le Sud-Kivu voisin et la ceinture minière du sud, avec ses immenses richesses. Un responsable de l’armée congolaise assure que ces paramilitaires ne sont pas des combattants, sans en dire plus. Les militaires eux-mêmes peineraient à s’y retrouver dans cette nébuleuse de sociétés de mercenaires, dont certaines gravitent autour d’Erik Prince. À Kalemie, les habitants et les miliciens, eux, n’ont aucun doute. Des Américains se battent aux côtés de la RDC.
À lire aussi





Faits DiversEn Ligne 4 joursMimi Marchand jette l’éponge en pleine audience, Karine Le Marchand vide son sac



PolitiqueEn Ligne 6 joursLes députés rejettent le budget 2027, Lecornu face à un casse-tête



EuropeEn Ligne 6 joursTrump réclame un nouveau président en Ukraine et Zelensky dénonce un écran de fumée



SociétéEn Ligne 6 joursLa mobilisation lycéenne ne lâche rien et prépare une journée à haut risque



SociétéEn Ligne 1 jourLa 2CV revient en version électrique et divise ses fidèles



PolitiqueEn Ligne 6 joursÀ Gergovie, Mélenchon va chercher dans l’Histoire de quoi nourrir sa campagne



PolitiqueEn Ligne 7 joursJordan Bardella, un compte effacé qui fragilise toute sa défense



ÉconomieEn Ligne 7 joursAir Corsica clouée au sol par la première grève de son histoire








