Planète
Le temps universel abandonne ses secondes de rattrapage
Fini, les horloges qui affichent une minute de soixante-et-une secondes pour recoller au rythme de la Terre. Réunis à Versailles, les gardiens mondiaux…


Fini, les horloges qui affichent une minute de soixante-et-une secondes pour recoller au rythme de la Terre. Réunis à Versailles, les gardiens mondiaux des unités de mesure ont voté la fin de ces ajustements à partir de 2027.
Depuis 1972, le temps officiel de la planète reposait sur un bricolage bien réglé. Quand l’écart entre les horloges atomiques et la rotation terrestre approchait les 0,9 seconde, une seconde supplémentaire venait se glisser dans le calendrier. Vingt-sept de ces rattrapages ont été ajoutés au fil des décennies, de façon irrégulière, le dernier remontant au 31 décembre 2016. À chaque fois, une journée comptait une seconde de plus, et les appareils électroniques affichaient brièvement une heure impossible, 23 heures 59 minutes 60 secondes, juste avant de basculer sur minuit.
Ce mécanisme découle d’un décalage entre deux façons de compter le temps. D’un côté, le Temps universel coordonné, calculé grâce aux vibrations ultra-régulières des atomes depuis 1967, qui fait foi et sert de référence à tous nos objets connectés. De l’autre, le temps calé sur la rotation de la Terre, celui que nous ressentons au quotidien. Or notre planète ne tourne pas à vitesse constante. L’attraction de la Lune et du Soleil, via les marées, et les mouvements des fluides à l’intérieur du noyau font varier la durée du jour d’un rien. Pour que l’heure officielle ne s’éloigne pas trop de l’heure solaire, il fallait donc recaler régulièrement les pendules.
Le hic, c’est que ce coup de rabot est décidé et annoncé moins de six mois à l’avance. De quoi donner des sueurs froides aux réseaux informatiques et de télécommunications, devenus le squelette de nos infrastructures. La réforme devenait d’autant plus pressante qu’un nouveau cas de figure se dessinait. Ces derniers temps, la rotation terrestre a tendance à accélérer, pour des raisons mal comprises et surtout imprévisibles. S’il avait fallu, pour la première fois, retirer une seconde au lieu d’en ajouter une, beaucoup de machines auraient été prises au dépourvu. Des simulations l’ont montré, de nombreux appareils ne savent pas gérer ce scénario. Les experts redoutaient des pannes en cascade dans les réseaux électriques, la défense, les transports, la finance ou les télécoms, avec à la clé des pertes d’argent considérables et des risques pour la sécurité du public.
Réunie à Versailles, la Conférence générale des poids et mesures a tranché. À compter du 20 mai 2027, le Temps universel coordonné deviendra continu, sans plus aucun saut irrégulier. Le temps officiel et celui de la Terre vont alors diverger lentement, sans correction prévue avant que l’écart n’atteigne une heure. Un seuil que l’on n’est pas près de franchir, puisqu’il faudrait plusieurs siècles pour y parvenir. Autrement dit, nos horloges les plus précises et notre planète vont commencer à vivre chacune de leur côté, tout doucement, sans que grand monde ne s’en aperçoive avant longtemps.
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