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Deux jeunes leaders de la révolte indienne des cafards écroués pour avoir agité un drapeau

Deux figures du mouvement qui défie Narendra Modi ont été placées en détention pour cinq jours après avoir franchi les barrières d’une esplanade interdite…

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Deux jeunes leaders de la révolte indienne des cafards écroués pour avoir agité un drapeau

Deux figures du mouvement qui défie Narendra Modi ont été placées en détention pour cinq jours après avoir franchi les barrières d’une esplanade interdite aux rassemblements à New Delhi. Une arrestation de plus dans la bataille qui enflamme le pays autour de la révision des listes électorales.

Ashutosh Sanka, trente ans, et Saurav Das, vingt-sept ans, sont derrière les barreaux depuis mercredi. La police de New Delhi leur reproche d’avoir tenté à plusieurs reprises de troubler l’ordre public et d’enfreindre la loi, ce qui leur vaut au minimum cinq jours de détention. Leur tort, si l’on en croit les images qui circulent, est d’avoir escaladé les barrières jaunes encerclant l’esplanade de Jantar Mantar, point de ralliement historique des contestations dans la capitale, pour brandir le drapeau tricolore quelques minutes avant d’être interpellés. Sur ce site, les rassemblements sont purement et simplement prohibés depuis des semaines.

Les deux hommes ne sont pas des inconnus pour les forces de l’ordre. Ils avaient déjà été arrêtés à l’aéroport de New Delhi, en compagnie du fondateur de leur mouvement, Abhijeet Dipke, juste avant une manifestation qu’ils avaient appelée. Tous trois avaient retrouvé la liberté au bout de vingt-quatre heures, avec l’obligation de ne pas troubler l’ordre public pendant un an, raconte leur avocate Ratna Singh.

Derrière ces interpellations se joue un bras de fer bien plus large. Le Parti du peuple des cafards, né en ligne au mois de mai, s’est imposé comme la voix d’une jeunesse et d’étudiants en colère contre le pouvoir. Il réclame, aux côtés d’une partie de l’opposition, la démission du président de la Commission électorale, Gyanesh Kumar, soupçonné de rouler pour le gouvernement nationaliste hindou au pouvoir depuis 2014. En cause, la révision des listes électorales lancée l’an dernier pour éliminer doublons, défunts et fraudeurs. Elle aurait conduit à rayer cent trente millions d’inscrits, et ses détracteurs y voient une machine à écarter les minorités, à commencer par les musulmans, au plus grand bénéfice du BJP de Narendra Modi. De quoi jeter le trouble sur ses récentes victoires aux élections locales.

Le week-end a marqué une escalade. Plus de vingt mille arrestations ont été menées pour empêcher une manifestation non autorisée dans le centre de la capitale. Puis un défilé de plusieurs dizaines de milliers de personnes, organisé lundi à l’appel du parti du Congrès, a porté jusqu’à la Cour suprême une requête demandant l’annulation pure et simple de cette révision.

Dipke n’a aucune intention de reculer. Il a salué ses deux camarades, qui ont selon lui montré au pays que le seul moyen de tenir tête à un homme comme Modi est de ne jamais baisser la tête, quel qu’en soit le prix. Il appelle ses partisans à se réunir de nouveau vendredi dans le centre de Delhi. Le député du Congrès Rahul Gandhi dénonce de son côté un acte de lâcheté et rappelle qu’agiter le drapeau tricolore à Jantar Mantar relève d’une manifestation pacifique, pas d’un crime. Il a aussi réitéré ses accusations de brutalité policière, en présence d’une manifestante interpellée, Arira, qui raconte avoir reçu des coups au visage et au ventre alors qu’elle suppliait les agents d’arrêter.

Pour Human Rights Watch, le gouvernement ferait mieux de répondre aux inquiétudes sur le droit de vote et l’honnêteté des élections plutôt que d’envoyer des jeunes en prison. Le ministre de l’Intérieur Amit Shah, bras droit redouté de Modi, balaie ces critiques. Il justifie la révision par la nécessité d’écarter les infiltrés, comprenez les citoyens étrangers, et assure que la population ne croit pas à ces supercheries. Il promet une victoire éclatante de la majorité aux législatives de 2029, et une quatrième défaite pour le Congrès.

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