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Le Pakistan reprend la main sur le fief d’Imran Khan

Islamabad suspend les autorités d’une province du Nord-Ouest et place le Khyber Pakhtunkhwa sous administration directe, sur fond de manifestations et de…

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Le Pakistan reprend la main sur le fief d'Imran Khan

Islamabad suspend les autorités d’une province du Nord-Ouest et place le Khyber Pakhtunkhwa sous administration directe, sur fond de manifestations et de violences. Le parti d’Imran Khan perd d’un coup le contrôle de son bastion.

L’annonce est tombée dimanche. L’État fédéral pakistanais a décidé de suspendre les autorités locales d’une province du Nord-Ouest et d’en prendre directement le contrôle. En clair, le gouvernement du Khyber Pakhtunkhwa, jusque-là tenu par le parti d’Imran Khan, cesse de fonctionner. Le président Asif Ali Zardari a apposé sa signature sur les textes qui activent deux articles de la Constitution, les articles 232 et 234, tous deux rattachés à la sécurité. Ces dispositions offrent à l’exécutif fédéral de très larges pouvoirs administratifs sur la province. Son bureau a justifié cette validation par des recommandations portant sur la situation de l’ordre public et sur l’échec des négociations avec les délégations gouvernementales. Plus tôt, le cabinet du Premier ministre Shehbaz Sharif avait invoqué la détérioration de l’ordre public au Khyber Pakhtunkhwa et ce qu’il décrit comme l’indifférence délibérée du gouvernement provincial dans la guerre contre le terrorisme.

Concrètement, l’exécutif provincial sera mis hors service jusqu’à ce que la situation s’améliore, selon les mots du ministre de la Justice Azam Nazeer Tarar, qui a détaillé les dispositions prises pour administrer la province directement depuis le pouvoir central. La journée de dimanche a aussi été marquée par des arrestations. Le responsable du Pakistan Tehreek-e-Insaf, Junaid Akbar, a affirmé sur la plateforme X que le chef du gouvernement du Khyber Pakhtunkhwa, Sohail Afridi, avait été arrêté, en même temps que le président du parti dans la province. Un porte-parole du gouvernement, contacté, n’était pas en mesure de réagir dans l’immédiat. À Peshawar, la capitale provinciale, la présence des forces de sécurité était nettement renforcée, et les routes sont restées fermées dans d’autres villes.

Au cœur de la crise, il y a un homme. Imran Khan, ancien Premier ministre et ex-star du cricket, est derrière les barreaux depuis août 2023. Les accusations qui pèsent sur lui vont de la corruption à la trahison, en passant par l’incitation à la violence, après les émeutes antigouvernementales de mai 2023. Lui conteste tout et affirme payer le prix de sa popularité. La colère de ses partisans s’est encore durcie ces derniers mois autour d’un sujet très concret, les soins médicaux reçus par cet homme de 73 ans et ses possibilités de voir sa famille. En août, la Cour suprême avait ordonné son transfert vers un hôpital privé. Il a finalement regagné la prison après un bref passage dans un établissement public.

Les rassemblements, eux, ont démarré il y a une semaine. Des milliers de sympathisants du PTI réclament la libération d’Imran Khan et marchent de ville en ville à travers le Khyber Pakhtunkhwa. Le pouvoir avait tenté d’éviter cette démonstration de force. Il avait aussi posé une condition aux discussions sur les revendications du parti, en liant l’accès du prisonnier à ses médecins à un accord sur les mesures de sécurité dans la province. Les pourparlers ont échoué le 4 octobre, et les manifestations ont suivi.

La dimension régionale pèse lourd dans ce dossier. Le Pakistan attribue la recrudescence des attaques au Khyber Pakhtunkhwa et au Baloutchistan, province frontalière du Sud, à des groupes militants venus d’Afghanistan. Kaboul rejette ces accusations et reproche à son voisin de violer la souveraineté afghane et de tuer des civils. Les deux pays sont entrés en guerre en février. Des attaques sporadiques ont continué après une trêve conclue en mars, faute d’accord durable sur la sécurité. Début octobre, le Pakistan a mené des frappes aériennes meurtrières en Afghanistan, affirmant viser des militants sur le sol afghan. Les Nations unies ont indiqué que ces frappes avaient fait au moins dix morts civils, en majorité des enfants.

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