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Le diesel flambe, les engrais doublent, et l’Ohio agricole serre les dents

La facture de carburant des moissonneuses a bondi de plus de 67% et celle des engrais a doublé, de quoi plomber la récolte de soja dans l’Ohio. Les…

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Le diesel flambe, les engrais doublent, et l'Ohio agricole serre les dents

La facture de carburant des moissonneuses a bondi de plus de 67% et celle des engrais a doublé, de quoi plomber la récolte de soja dans l’Ohio. Les producteurs de la région n’en restent pas moins attachés à Donald Trump, à l’approche des élections de mi-mandat.

David Schacht, 69 ans, attaque la saison du soja avec une calculette qui grince. Chaque passage de sa moissonneuse-batteuse dans les champs de l’Ohio lui rappelle que le gazole a pris plus de 67% depuis les premières frappes américano-israéliennes contre l’Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz par Téhéran. Les engrais destinés aux prochains semis ont, eux, vu leur prix doubler. Le soja se négocie environ 20% plus cher qu’avant, une hausse qui ne couvre pas ces dépenses. Sa conclusion tombe sans détour. « On doit serrer les dents. Je ne vais pas abandonner la récolte. »

Le contexte rend l’équation encore plus tendue. L’Ohio a voté pour Donald Trump en 2024, mais l’Etat est aujourd’hui le théâtre de duels serrés pour plusieurs sièges au Sénat et à la Chambre des représentants. En novembre, le camp présidentiel joue son contrôle du Congrès, et les agriculteurs comptent parmi ses soutiens les plus fidèles. Ils lui ont offert 78% de leurs voix lors du dernier scrutin présidentiel. Dans cette partie du nord-est des Etats-Unis, la flambée des prix pèse sur les électeurs, tandis que la construction de centres de données alimente de vives tensions.

Malgré les chiffres, David Schacht ne retourne pas sa veste. « Cela fait un peu grincer des dents », admet-il, en avouant qu’on se demande franchement ce que le président est en train de faire. Autour de lui, les gens sont de plus en plus tendus, loin de ce qu’ils imaginaient, et la guerre lui paraît sans fin. Son épouse Lisa, 67 ans, cherche ailleurs les raisons de cette fidélité. Les électeurs de son camp restent persuadés que « Make America Great Again » n’est pas qu’un simple slogan, insiste-t-elle, en citant la volonté affichée de Donald Trump de stimuler la production nationale, de défendre les valeurs familiales et les libertés individuelles.

Le malaise dépasse largement leur exploitation. Joe Logan, 77 ans, président par intérim de l’Ohio Farmers Union, résume la situation d’une phrase. « Certains agriculteurs peinent à garder la tête hors de l’eau. » La plupart travaillent avec des marges extrêmement réduites depuis des années, et les faillites ont bondi de 46% entre 2024 et 2025. La guerre commerciale menée contre la Chine a déjà fragilisé un débouché majeur pour le soja américain, difficile à reconstruire face à des concurrents comme le Brésil et l’Argentine. Une escalade avec Ottawa frapperait une nouvelle fois les cultivateurs, le Canada figurant parmi les principaux fournisseurs de potasse, un engrais indispensable.

Pour Joe Logan, le scénario le plus probable n’est toutefois pas un ralliement au parti démocrate. Beaucoup devraient plutôt choisir de rester chez eux le jour du vote, explique-t-il. « Je suis moins enthousiaste à l’égard de M. Trump et des républicains que je ne l’étais auparavant », disent-ils en substance. Une abstention qui, dans des scrutins serrés, pèse parfois aussi lourd qu’un changement de camp.

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