Monde
À Taëz, un siège complet prive les habitants de tout
Les combattants houthis ont coupé la dernière route qui reliait Taëz au reste du pays, enfermant un peu plus la troisième ville du Yémen. Privés de leur…


Les combattants houthis ont coupé la dernière route qui reliait Taëz au reste du pays, enfermant un peu plus la troisième ville du Yémen. Privés de leur principale voie d’approvisionnement, ses habitants voient les prix s’envoler et les produits de base disparaître des étals.
Depuis que les combattants houthis ont refermé leur étau, Um Rian arpente le marché sans trouver de quoi nourrir ses quatre enfants. Cette mère de famille les élève seule, et son budget ne suit plus. Sur les étals de la ville, certains stands restent vides, d’autres débordent de marchandises vendues à des prix inatteignables. « Il y a une crise de tout, de l’eau, du gaz domestique, des légumes, de tous les produits de première nécessité », lâche-t-elle. La farine, le sucre, tout ce qui composait l’ordinaire est devenu hors de portée.
Taëz n’en est pas à son premier siège. Dès 2015, au début de la guerre qui oppose les Houthis pro-iraniens, maîtres de Sanaa depuis 2014, aux forces gouvernementales soutenues par l’Arabie saoudite, la cité montagneuse du sud-ouest avait déjà été encerclée. Les troupes loyalistes avaient partiellement desserré l’étau l’année suivante, mais la ville est restée prise de trois côtés, au nord, à l’est et à l’ouest. Ancien cœur culturel, universitaire et historique du pays, ce bastion niché dans les montagnes a connu une accalmie de plusieurs années avant que les affrontements ne reprennent en juillet, puis ne s’intensifient en septembre jusqu’à ses portes.
La situation s’est encore durcie ces derniers jours. Même la route cahoteuse qui permettait de rejoindre Aden, où siège le gouvernement reconnu sur la scène internationale, est devenue impraticable. Les combattants se sont emparés d’un secteur au sud de la ville et ont bloqué ce passage. Résultat, les commerçants doivent emprunter des itinéraires détournés et payer le prix fort pour acheminer leurs marchandises. « Taëz est isolée de toutes parts », résume Um Rian. D’autres habitants, eux, pointent du doigt les marchands et les soupçonnent de profiter de la panne. « Il y a une manipulation, la rétention des marchandises entraîne des hausses de prix excessives », s’indigne Khaled Mohammed. Il rappelle que les salaires arrivent en retard pendant que les prix, eux, ne cessent de grimper.
Le Yémen, l’un des pays les plus pauvres du monde, vivait déjà une vaste crise humanitaire avant la reprise des hostilités. Le Programme alimentaire mondial a prévenu que les combats pesaient immédiatement sur la capacité de ses quelque 35 millions d’habitants à se nourrir. Aujourd’hui, près de trois ménages sur quatre n’arrivent plus à couvrir leurs besoins alimentaires de base. À Taëz, Diaa Al-Arshi ne cache pas son désespoir. La situation est « catastrophique à cause du siège imposé », confie-t-il. « Et nous, les habitants, sommes à bout. »
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