Politique
Glucksmann tient la corde malgré des doutes tenaces
Raphaël Glucksmann aborde le premier tour de la primaire social-démocrate avec une confortable avance et des ralliements qui s’enchaînent. Reste que…


Raphaël Glucksmann aborde le premier tour de la primaire social-démocrate avec une confortable avance et des ralliements qui s’enchaînent. Reste que l’eurodéputé n’a pas totalement dissipé les réserves sur sa capacité à mener une campagne présidentielle.
Trois débats télévisés plus tard, Raphaël Glucksmann peut souffler. Le patron de Place publique, très identifié auprès du grand public mais bien moins rodé aux joutes politiques que certains rivaux, avait tout à prouver. Sa prestation jugée décevante face à Eric Zemmour avait laissé des traces, et ses adversaires socialistes ne se privaient pas de railler un candidat qui, selon eux, redoutait le verdict des électeurs. Il faut dire qu’il avait longtemps traîné des pieds, rechignant à s’engager dans cette primaire, réclamant des frais d’adhésion élevés à 15 euros, puis boudant la tenue de plusieurs face-à-face télévisés. Cette fois, assure son entourage, il a travaillé sans relâche et fait taire les sceptiques sur son aptitude à débattre. Les enquêtes d’opinion lui offrent toujours une large avance au sein de l’espace social-démocrate, avec 11% des intentions de vote, loin devant le patron du PS Olivier Faure, crédité de 3%.
La dynamique dépasse le seul cadre des sondages. Le chef des sénateurs socialistes Patrick Kanner a annoncé son ralliement, après celui du patron des députés Boris Vallaud. Autre signal, son parti a presque triplé son nombre de militants, à l’approche du premier tour prévu vendredi et samedi. L’eurodéputé, surtout reconnu pour son engagement sur l’international et l’Europe, et pour son hostilité répétée à La France insoumise, n’a pourtant pas encore enfilé le costume présidentiel. Face à Ségolène Royal, qui l’a traité de « stagiaire » avant même les premiers échanges, il s’est retrouvé plusieurs fois en difficulté.
Ses prises de position les plus sensibles lui ont aussi coûté. Son refus de qualifier de génocide les actions de l’armée israélienne à Gaza, ou encore son embarras à présenter ses excuses à l’ancienne ministre après la publication d’une vidéo où il l’accusait d’avoir « fait la danse du ventre devant Macron », ont nourri le doute. À cela s’ajoutent les critiques sur ses alliances supposées avec le centre, lui qui s’est entouré de plusieurs anciens macronistes. Ségolène Royal lui reproche de vouloir un « hold-up » sur le PS, une pique réitérée avec la certitude qu’une victoire signerait « l’effacement » du parti socialiste à la présidentielle. Lui balaie ces « attaques désespérées de dernière minute » et assure que Place publique et le PS forment « une seule et même famille politique ».
Il cultive pourtant l’image d’un homme à part, revendiquant ses fragilités et se disant loin du sérail et des « coups de billard à quatre bandes ». De quoi diviser. Pour Jérôme Auslender, membre de Place publique, « il a une image de nouveauté, c’est ce qui fait sa force ». Un élu de gauche n’y voit qu’une posture, rappelant qu’il a déjà un mandat et demi de député européen derrière lui. Certains le rangent même dans la catégorie des « wanna be Macron », privés des ingrédients qui ont fait le succès du macronisme, et prédisent sa victoire en soulignant que « sa seule force, c’est la faiblesse de ses adversaires ».
Les avis restent tranchés sur son avenir. Chez les insoumis, on reconnaît qu’il « ne s’est pas renforcé » et « n’a pas fait taire les doutes », tout en jugeant qu’Olivier Faure ne fait pas figure d’alternative sérieuse. Dans le camp écologiste, on admet qu’il n’est « pas bon en campagne » sans que cela change grand-chose, car « son avantage, c’est qu’il n’est pas socialiste ». À l’opposé, certains responsables macronistes parient sur sa défaite, convaincus qu’il s’est fait piéger en mettant « la main dans la machine PS ».
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