Nous rejoindre sur les réseaux

Société

Le bac, pas les matraques, la jeunesse descend dans la rue

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté mardi, de Lille à Marseille, pour réclamer plus de moyens pour l’éducation. Mais dans les cortèges, la…

Article

le

Le bac, pas les matraques, la jeunesse descend dans la rue

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté mardi, de Lille à Marseille, pour réclamer plus de moyens pour l’éducation. Mais dans les cortèges, la dénonciation des violences policières a occupé une place presque aussi grande, portée par des élèves blessés et des enseignants inquiets.

Des dizaines de milliers de personnes ont défilé mardi, de Lille à Marseille en passant par Bordeaux. Dans les cortèges, deux revendications se mêlaient. La demande de moyens supplémentaires pour l’éducation. Et une colère sourde contre les méthodes policières. Sur les pancartes, les messages dénonçant les violences rivalisaient en nombre avec ceux consacrés à l’école. Le mouvement, lancé le 17 septembre, a vu les lycéens et étudiants se retrouver aux côtés de parents et d’enseignants venus leur apporter leur soutien.

« Le bac, pas les matraques », pouvait-on lire sur le carton brandi par Lisa, 22 ans, étudiante en Master à Paris. La jeune femme s’indigne du traitement réservé aux plus jeunes. « On les insulte, on les frappe, on se moque d’eux quand ils sont à terre avec du gaz lacrymogènes dans les yeux, il n’y a aucune retenue, aucune tentative des forces de l’ordre de faire désescalader la situation », explique-t-elle. À Lille, Iris, 17 ans, raconte avoir été marquée en voyant ses amis visés par des gaz lacrymogènes lors des blocus de son lycée, alors qu’ils « n’étaient pas du tout violents ». À Paris, Ludivine, en terminale, évoque des « comportements assez horribles », dont une fille touchée par un flashball dans l’arcade sourcilière à côté d’elle. « On s’est fait gazer à plusieurs reprises, c’était très abusif », poursuit l’adolescente, qui a « eu très peur ».

Le cas du lycéen de Lens, dont la main a été arrachée lundi lors d’une manifestation, revient dans toutes les conversations. « C’est pas parce qu’ils nous arrachent les mains que cela va nous empêcher de manifester », lance Gabriel à Clermont-Ferrand, venu par « solidarité ». À Brest, Katell, 15 ans, confie que cette annonce les a mis « encore plus » en colère. Gustave, 15 ans, résume le sentiment général. « Plus les policiers sont violents, plus la rage des manifestants est grande », dit-il. Camille, 16 ans, en terminale au lycée Nelson Mandela de Nantes, raconte que certains de ses amis sont « terrorisés à l’idée de manifester ». « La police n’est pas censée protéger à la base? », interroge-t-elle.

Dix enquêtes ont été ouvertes depuis le début du mouvement. Un policier, auteur d’un tir de lance-grenade qui a grièvement blessé au visage un adolescent de 14 ans, a été mis en examen mardi pour violences. Au total, 215 élèves ont été blessés depuis le lancement de la mobilisation. Chez les policiers et gendarmes, le bilan atteint 715. Des chiffres qui n’ont pas empêché Laurent Nuñez de défendre l’action des forces de l’ordre devant l’Assemblée. « On a continué à faire ce que nous faisons, à maintenir l’ordre, à intervenir à chaque fois qu’il y a des violences, avec proportionnalité », a-t-il affirmé.

Dans le défilé lillois, une pancarte ironisait sur ces propos. « La police n’est pas violente, ça crève les yeux! » y était-il écrit. La référence est claire. Un adolescent de 16 ans a été grièvement touché à la tête lors du blocus du lycée Balzac. Il a perdu l’usage de son œil droit. « C’est compliqué d’avancer dans un système où l’on craint ceux qui sont censés nous protéger », regrette Warrenne, 23 ans, étudiant à Paris. Maxence, 19 ans, étudiant en architecture, va plus loin. « On en vient à questionner la légitimité des forces de l’ordre à faire respecter l’ordre et assurer la sécurité », dit-il. Parmi les manifestants, Marjorie Broussin, professeure de français à Roissy-en-Brie, brandit une pancarte « Touche pas à mon élève! ». Pour la première fois de sa carrière, elle a eu peur pour ses élèves. « Je me souviens d’un temps où aller en manifestation c’était une joie, et je trouve ça fou qu’aujourd’hui les lycéens et les lycéennes aient peur », regrette-t-elle, entourée d’une quinzaine de collègues venus « offrir une sécurité aux gens qui sont là ».

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus