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Mille ans après, le tsar Samouil rentre enfin chez lui

Les restes attribués au souverain bulgare, mort en 1014, ont quitté la Grèce pour Sofia dans le cadre d’un échange d’antiquités peu banal. Ce retour…

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Mille ans après, le tsar Samouil rentre enfin chez lui

Les restes attribués au souverain bulgare, mort en 1014, ont quitté la Grèce pour Sofia dans le cadre d’un échange d’antiquités peu banal. Ce retour ravive aussi la vieille querelle mémorielle entre la Bulgarie et la Macédoine du Nord.

Samedi, les restes attribués au tsar Samouil ont franchi la frontière bulgare, plus de mille ans après sa disparition. Le chef du gouvernement bulgare a salué un accord qualifié d’historique avec la Grèce, qui a accepté de laisser partir la dépouille en échange de quarante-huit objets provenant de deux monastères ainsi que de la métropole de Serrès et Nigrita.

Samouil, que l’on écrit aussi Samuel, a régné de 997 à 1014. Avec ses frères, il a lancé plusieurs campagnes contre Byzance et étendu progressivement son autorité sur une grande partie des Balkans, avec Prespa et Ohrid parmi ses principaux centres de pouvoir. À partir de 1001, l’empire byzantin a repris l’avantage, jusqu’à la défaite de Klioutch en 1014. Selon le récit qui nous est parvenu, des milliers de prisonniers auraient alors été rendus aveugles. Samouil est mort peu de temps après, et en 1018 l’État bulgare passait sous domination byzantine.

Son héritage a longtemps dressé l’une contre l’autre Sofia et Skopje. Certains historiens comparent cette rivalité aux récits français et allemands autour de Charlemagne, au point que Samouil a hérité du surnom de Charlemagne des Balkans. En 2019, une commission bilatérale a convenu de le présenter comme le souverain d’un État que la majorité de l’historiographie contemporaine considère comme l’Empire bulgare, centré sur l’actuelle Macédoine du Nord. L’objectif affiché de cette initiative est de rappeler le caractère bulgare de la population slave de Macédoine du Nord, analyse un chercheur spécialiste de la région. De l’autre côté de la frontière, la bataille politique devrait se poursuivre autour du personnage, un titre de la presse macédonienne résumant la situation par une formule restée célèbre, les ossements reviennent mais le conflit demeure.

Les restes supposés de Samouil ont été mis au jour dans les années 1960 par l’archéologue grec Nikolaos Moutsopoulos, qui dirigeait les fouilles de la basilique Saint-Achille, sur une île du petit lac Prespa. Dans un sarcophage reposaient le squelette d’un homme mesurant environ 1,60 mètre, ainsi que les vestiges d’une riche étoffe tissée de fils de soie entourés de fils d’or, ornée de motifs d’oiseaux. L’attribution au tsar repose sur plusieurs indices, parmi lesquels l’emplacement de la tombe, la richesse du vêtement, l’âge du défunt et une ancienne fracture.

La Bulgarie a officiellement ouvert des discussions sur ce retour en 2007. Le dossier, longtemps en sommeil, est devenu un sujet important des relations bilatérales avec la Grèce. Certains historiens à Sofia s’interrogent pourtant sur l’intérêt de l’échange, les restes attribués à Samouil n’ayant jamais été formellement identifiés, contrairement aux objets réclamés en retour par la Grèce et dont l’origine, elle, est établie. Ces pièces avaient été transférées à Sofia en 1917, pendant la Première Guerre mondiale, et étaient exposées ou conservées au Musée national d’histoire de Bulgarie.

Le transfert tombe à moins d’un mois de l’élection présidentielle bulgare, dans un pays où l’histoire nationale pèse lourd dans la campagne. La présidente sortante Iliyana Iotova, candidate à sa succession, a lancé la sienne le 27 septembre devant l’église d’Or de Veliki Preslav, ancienne capitale du Premier Empire bulgare. Le pouvoir cherche à séduire l’électorat patriotique en démontrant qu’il obtient des résultats concrets, là où les radicaux se contentent de discours, résume un observateur des équilibres politiques locaux. Quelque 750 policiers et gendarmes sont mobilisés pour sécuriser le centre de Sofia, et les chemins de fer publics ont mis en place des trains gratuits vers la capitale pour permettre au public d’assister à la cérémonie. La dépouille doit être déposée dans un sarcophage en marbre blanc extrait dans la région de Prilep, dans l’actuelle Macédoine du Nord, avant d’être installée dans l’église Sainte-Sophie, basilique paléochrétienne du VIe siècle qui a donné son nom à la capitale bulgare.

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