Économie
Le gouvernement veut diviser par deux le trou de la Sécu et envoie la facture aux retraités
Près de 10 milliards d’euros d’économies sont prévus pour ramener le déficit de la Sécurité sociale à 12,7 milliards en 2027. Retraités, patients et…


Près de 10 milliards d’euros d’économies sont prévus pour ramener le déficit de la Sécurité sociale à 12,7 milliards en 2027. Retraités, patients et entreprises vont tous devoir mettre la main au portefeuille.
Présenté jeudi en conseil des ministres, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale affiche un cap net. Il s’agit de ramener le déficit de la Sécu à 12,7 milliards d’euros en 2027. Sans rien toucher, ce trou bondirait à 22,6 milliards, contre 21,8 milliards attendus pour 2026. Le gouvernement mise donc sur près de 10 milliards d’économies, l’essentiel étant ponctionné dans les dépenses.
Les retraités paient le prix fort, à hauteur de 5,5 milliards. Le coup de pouce de janvier, calé sur l’inflation, ne sera plus automatique pour tout le monde. Seuls les tiers les plus modestes, ceux qui vivent avec 85 % du Smic au maximum, soit 1 260 euros de pension totale, verront leur revenu suivre la hausse des prix. Au-dessus, le Parlement pourra décider qui garde une revalorisation et à quel niveau, à condition de trouver les économies ailleurs. Bloquer toutes les pensions supérieures à ce seuil rapporterait 4,1 milliards. À cela s’ajoute une baisse du plafond de l’abattement fiscal de 10 %, qui tomberait de 4 439 à 3 000 euros, pour 1,4 milliard de recettes en plus. Tout reste négociable sauf une chose, le montant global des économies. Et la mesure serait facile à annuler, un simple décret suffisant à rétablir l’indexation, avec effet rétroactif.
La santé encaisse elle aussi le choc. L’enveloppe de l’assurance maladie ne grimpera que de 2 %, loin des 3 % des années passées. Plusieurs décisions déjà actées produiront leurs effets, comme le transfert aux mutuelles d’une partie des soins dentaires et des transports sanitaires, pour 1,2 milliard. Le gouvernement compte sur 5,1 milliards d’économies en plus, en pesant sur les prix et les volumes de médicaments remboursés ou en écourtant certains arrêts maladie. Les hôpitaux verront leur budget augmenter de 3 %, mais devront rogner 900 millions d’euros en gagnant en efficacité.
Les entreprises sont également mises à contribution. Le gel des allègements de charges décidé en 2026 est prolongé, ce qui représente 2,9 milliards et signifie que la hausse du Smic n’ouvrira droit à aucun allègement nouveau. Pour récupérer 3,7 milliards supplémentaires, l’exécutif veut réduire les exonérations sur les bas salaires en élargissant la base des rémunérations prises en compte, en y intégrant participation, intéressement et prime de partage de la valeur.
Le texte crée une taxe inédite sur les produits transformés et emballés gorgés de sucres ajoutés et d’additifs, avec un barème qui s’alourdit selon la teneur en sucre, pour lutter contre l’obésité et les maladies chroniques. Autre mesure, les indemnités de rupture des hauts salaires perdent leur avantage fiscal. Seules celles inférieures au plafond de la Sécurité sociale, fixé à 48 060 euros en 2026, resteront exemptées de cotisations. Une enveloppe de 100 000 euros entraînerait ainsi 5 000 euros de cotisations. Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a indiqué que seuls 5 % des salariés, les mieux payés, étaient visés.
Du côté des familles, les allocations sont gelées en 2027 et l’allocation de rentrée scolaire fera l’objet d’un recentrage, après concertation. La majoration de pension de 10 % accordée aux parents de trois enfants ou plus change de nature. Elle deviendra un forfait dont le montant sera fixé par décret, une façon de corriger les inégalités entre femmes et hommes, le dispositif actuel avantageant surtout les hommes aux pensions les plus élevées. Le calcul se fera à budget constant.
Enfin, les étrangers non européens en situation régulière devront justifier d’au moins un an de résidence en France pour accéder à certaines prestations familiales et aux aides personnelles au logement. Jusqu’à présent, ces aides ne leur imposaient aucun délai de carence, contrairement au minimum vieillesse, au RSA, à la prime d’activité ou à la Protection universelle maladie.
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