Économie
Quand des fortunes privées redessinent les facs britanniques
Le Schwarzman Centre à Oxford incarne une tendance explosive : les dons des milliardaires aux universités du Royaume-Uni ont bondi de 93% en dix ans. Mais…


Le Schwarzman Centre à Oxford incarne une tendance explosive : les dons des milliardaires aux universités du Royaume-Uni ont bondi de 93% en dix ans. Mais ce pactole, souvent américain, suscite autant d’espoirs que de vives critiques.
Il trône fièrement dans le paysage d’Oxford. Le Schwarzman Centre, avec son immense atrium, sa salle de concert de 500 places et ses espaces ultramodernes, ressemble à un manifeste. Ce bâtiment financé à hauteur de 185 millions de livres par le magnat américain Stephen Schwarzman est le symbole d’une révolution silencieuse dans l’enseignement supérieur britannique. Les universités, étranglées par les coupes budgétaires publiques, se tournent de plus en plus vers des donateurs privés pour survivre et innover.
Les chiffres donnent le tournis. Entre 2012 et 2022, les dons aux universités britanniques ont grimpé de 93% pour atteindre le record de 1,5 milliard de livres en 2022. Mais cette manne est très inégalement répartie. Oxford et Cambridge, les deux poids lourds académiques, ont raflé près de la moitié des sommes versées. Le financier Chris Rokos a ainsi offert 190 millions de livres à Cambridge en mars. Pendant ce temps, Larry Ellison, cofondateur d’Oracle, a injecté plus d’un milliard de livres dans un institut technologique près d’Oxford. Les philanthropes américains, souvent encore en activité, sont devenus des acteurs clés de ce nouveau paysage.
Pourtant, ces méga-dons ne font pas l’unanimité. Blackstone, la société de Stephen Schwarzman, est régulièrement accusée d’aggraver la crise du logement aux États-Unis. En 2019, enseignants et étudiants d’Oxford avaient signé une lettre ouverte contre le don, dénonçant des profits tirés de « l’exploitation et de la dépossession de personnes vulnérables ». Grace, 21 ans, étudiante en lettres classiques, résume le dilemme : « Je ne suis pas ravie de cette provenance. Mais je bénéficie du bâtiment… c’est compliqué. » Le centre, qui abrite sept facultés de sciences humaines, une salle de concert et un théâtre ouverts au public, illustre cette tension entre progrès académique et éthique financière. Les donateurs, eux, cherchent avant tout à « avoir un impact social », selon Pasic, doyen d’une école de philanthropie. Une nouvelle manière de faire la charité, entre mécénat de prestige et calculs bien réels.
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