Économie
L’Europe face aux polluants éternels : un avis scientifique préconise une interdiction quasi générale

_**Les experts de l’Agence européenne des produits chimiques estiment qu’une restriction étendue des PFAS est nécessaire pour protéger la santé publique et l’environnement, tout en envisageant des exemptions limitées.**_
Un avis scientifique majeur, rendu public ce jeudi, appelle l’Union européenne à adopter une restriction de grande ampleur sur les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS). Ces composés chimiques, réputés pour leur extrême persistance dans l’environnement, sont présents dans une multitude d’objets du quotidien, des textiles aux emballages alimentaires. Les experts soulignent la nécessité d’une action réglementaire robuste face aux risques croissants qu’ils font peser sur la population et les écosystèmes.
Le rapport, émis par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), confirme la dangerosité de ces substances. Leur capacité à se déplacer sur de longues distances et à contaminer durablement les sols et les nappes phréatiques est particulièrement mise en avant, de même que leur association avec certaines pathologies graves. Pour maîtriser ces risques, les scientifiques recommandent une approche restrictive à l’échelle communautaire, assortie de dérogations ciblées uniquement lorsqu’aucune alternative viable n’existe.
Le débat réglementaire s’annonce complexe, naviguant entre l’impératif de protection et les considérations économiques. D’un côté, une interdiction totale apparaîtrait comme la mesure la plus efficace pour enrayer la contamination. De l’autre, l’absence de solutions de remplacement dans certains secteurs industriels stratégiques, comme le médical, invite à la pondération. Les experts proposent, pour les exemptions accordées, un étiquetage systématique et des plans de gestion des risques adaptés à chaque site de production.
En parallèle de cette future législation horizontale, l’UE a déjà engagé des actions sectorielles. Des limites strictes ont été instaurées pour la présence de PFAS dans l’eau potable et les emballages alimentaires, tandis que leur utilisation dans les jouets sera progressivement éliminée. Certains États membres, à l’image de la France, ont également pris les devants en bannissant ces substances de plusieurs produits de consommation courante.
L’exécutif européen a salué la publication de cet avis, réaffirmant son soutien à une transition vers une économie sans PFAS. La commissaire en charge de l’environnement a insisté sur la nécessité de concevoir une réglementation à la fois protectrice, claire et prévisible pour l’ensemble des acteurs. La proposition législative finale, qui intégrera également une analyse d’impact socio-économique attendue pour la fin de l’année, devra concilier ces différents impératifs, dans un contexte où le coût global de la pollution aux PFAS pour l’Europe est estimé à plusieurs centaines de milliards d’euros.

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