Europe
Ces missiles payés qui n’arrivent jamais en Ukraine
Le président ukrainien affirme que le Pentagone retient des intercepteurs déjà financés, quand des Patriot européens attendent un feu vert américain. En…

Le président ukrainien affirme que le Pentagone retient des intercepteurs déjà financés, quand des Patriot européens attendent un feu vert américain. En parallèle, Donald Trump multiplie les gestes vers Moscou et doute tout haut de son homologue ukrainien.
Volodymyr Zelensky ne mâche plus ses mots. Le président ukrainien accuse Washington de retarder volontairement des missiles intercepteurs pourtant déjà réglés par Kiev, dans le cadre du programme PURL. Le lot attendrait la signature de Pete Hegseth, le ministre américain de la Défense. Plus irritant encore, plusieurs pays européens se disent prêts à céder des Patriot pris sur leurs propres stocks, les seuls capables d’abattre les engins russes les plus sophistiqués. Mais ils restent bloqués faute d’une autorisation américaine. « Les missiles sont prêts. Ils pourraient déjà se trouver en Ukraine », a lancé le dirigeant ukrainien. Et d’ajouter que tout cela laisse penser qu’une décision politique a été prise pour ralentir le soutien apporté à son pays.
Le contexte n’a rien d’anodin. Donald Trump pilonne verbalement son homologue ukrainien depuis plusieurs jours. Il lui reproche d’alimenter la flambée mondiale des prix du carburant en frappant les raffineries russes, et juge qu’il ne cherche pas vraiment à mettre fin au conflit. « Zelensky ne sait pas de quoi il parle », a-t-il tranché, avant d’estimer qu’il était temps que quelqu’un d’autre négocie au nom de l’Ukraine. Une manière à peine voilée de réclamer son départ. Le président américain a aussi ressorti l’accord conclu avec Moscou pour l’achat de gazole russe, un signe de plus envoyé au Kremlin.
Les gestes vers la Russie s’enchaînent. Vladimir Poutine a proposé à Donald Trump et à Xi Jinping une rencontre à trois pour parler de la fin du conflit ukrainien. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a confirmé que l’idée avait bien été évoquée, les trois dirigeants étant attendus en Chine pour un sommet économique les 18 et 19 novembre. L’intéressé ne s’est pas dérobé. « Si le président Xi le veut, je le ferai », a assuré Donald Trump, ajoutant que ce ne serait pas tant pour l’Ukraine, car selon lui la Russie s’en est bien sortie et n’a pas fait grand-chose récemment.
Sur le terrain, les appels au calme se multiplient sans effet. Volodymyr Zelensky a reçu un appel du pape, qui a exhorté les deux camps à laisser évacuer les civils et acheminer l’aide vers Olechky, dans le sud du pays, une ville coincée entre les deux armées sur les rives du Dniepr. Quelques jours plus tôt, le souverain pontife s’était entretenu par téléphone avec Vladimir Poutine.
Autre motif d’inquiétude pour Kiev, la qualité du soutien américain au quotidien. Le partage de renseignements serait limité, ce que Washington dément par la voix du secrétaire d’État Marco Rubio, qui assure qu’il n’y a eu aucune pause. Volodymyr Zelensky pointe aussi un accès restreint au réseau Starshield de SpaceX, cette variante militaire de Starlink utilisée par l’armée ukrainienne. Selon lui, les équipements cessent de fonctionner à des vitesses de 130 à 161 km/h sur plusieurs secteurs du front. Il y voit un bridage délibéré, qui ralentit la logistique et complique l’usage de certains drones. Il a également regretté l’absence d’alerte préalable avant une attaque de missiles balistiques russes, comme quelques jours plus tôt.
Les frappes, elles, ne faiblissent pas. Une attaque russe sur un parc de la région de Kharkiv a tué six personnes, dont trois enfants. Dans la région de Lougansk, contrôlée par Moscou, une frappe ukrainienne a tué trois personnes à bord d’un véhicule des pompes funèbres. « Lorsque les livraisons de missiles pour la défense antiaérienne de l’Ukraine sont bloquées, tandis que la Russie bénéficie d’allègements ou de reports de sanctions, c’est, malheureusement, un déni de la réalité de la part de nos partenaires », a conclu Volodymyr Zelensky.
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