Planète
Cap sur Phobos, avec un rover nommé Idefix
Une sonde japonaise s’élance vers l’une des deux lunes de Mars, avec deux instruments français à bord. Objectif, en rapporter des morceaux et remonter le…


Une sonde japonaise s’élance vers l’une des deux lunes de Mars, avec deux instruments français à bord. Objectif, en rapporter des morceaux et remonter le fil des origines du Système solaire.
Le décollage est prévu ce mardi depuis le centre spatial de Tanegashima, dans le sud du Japon. La fusée H3 doit emporter la sonde Martian Moons eXploration, fruit d’une coopération entre l’agence spatiale japonaise, le Cnes, la Nasa, l’ESA et le DLR allemand. Le voyage durera environ un an, puis l’engin passera trois ans en orbite autour de Phobos, à quelque 6 000 km de la planète rouge, avant de se poser sur ce petit caillou pour y prélever au moins 10 grammes de matière.
À bord, deux pièces fabriquées en France. Le rover Idefix, baptisé comme le chien d’Astérix, doit d’abord observer la surface et servir d’éclaireur, histoire de garantir un atterrissage sans mauvaise surprise. Le spectromètre Mirs, lui, aidera les scientifiques à désigner les sites les plus prometteurs pour le prélèvement, résume l’astronome Antonella Barucci, qui pilote cette partie du projet. Yasuhiro Kawakatsu, chef de mission, ne cache pas l’enjeu. Rapporter des échantillons de Phobos serait une première mondiale.
Reste à savoir ce que ces poussières raconteront. Deux théories s’affrontent sur l’origine des deux lunes martiennes. L’une parle d’un impact géant, une collision avec un corps céleste qui aurait arraché de la matière à Mars. L’autre évoque une capture, des astéroïdes attrapés au passage par l’attraction de la planète. L’astrophysicien Patrick Michel, directeur de recherches au CNRS, voit plus loin. Ces lunes pourraient avoir conservé la trace des mécanismes qui ont transporté eau, éléments volatils et composés organiques depuis les confins du Système solaire vers les planètes rocheuses internes. Des processus qui ont peut-être joué un rôle clé dans l’habitabilité de ces mondes, et donc dans l’émergence de la vie sur Terre.
Le Japon sait déjà faire revenir des cailloux de l’espace. En 2020, la sonde Hayabusa-2 a rapporté 5,4 grammes de roches et de poussières d’un astéroïde situé à des centaines de millions de kilomètres. La difficulté change d’échelle avec MMX, puisqu’il faudra s’approcher très près de Mars, puis s’extraire de sa gravité avant de rentrer, ce que Kawakatsu décrit comme une descente dans un puits gravitationnel. La sonde ira aussi observer Deimos, l’autre lune, sans s’y poser. Les calculs de l’agence serviront par ailleurs à étudier Phobos comme une station spatiale naturelle, une étape utile pour préparer un aller-retour habité vers Mars. Makoto Arita, responsable de l’équipe H3, mesure la pression. Il dit conscience du poids de cette responsabilité, tout en trouvant extrêmement enthousiasmant de participer à une mission d’une telle envergure.
La concurrence, elle, s’organise. Le rover Perseverance de la Nasa collecte des échantillons martiens depuis 2021, mais la mission chargée de les rapatrier a été stoppée après des décisions budgétaires à Washington. La Chine annonce de son côté le lancement de Tianwen-3 vers 2028, avec un retour prévu autour de 2031, potentiellement avant celui de MMX. Les chercheurs japonais avancent un argument de taille. Le sable et les roches de Phobos offriraient une bien plus grande variété d’échantillons que le sol martien lui-même, surtout si cette lune est née d’une collision.
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