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La Banque de France calme le jeu sur la dette, sans clore la porte à la BCE

Emmanuel Moulin estime que les conditions ne sont pas réunies pour que la Banque centrale européenne rachète de la dette française, alors que le taux à…

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La Banque de France calme le jeu sur la dette, sans clore la porte à la BCE

Emmanuel Moulin estime que les conditions ne sont pas réunies pour que la Banque centrale européenne rachète de la dette française, alors que le taux à dix ans frôle les 5%. Le gouverneur de la Banque de France renvoie surtout les responsables politiques à l’urgence budgétaire, en se défendant de toute entrée en campagne.

Le gouverneur de la Banque de France a écarté l’idée d’un soutien imminent de la Banque centrale européenne sur le marché obligataire. Emmanuel Moulin, interrogé depuis Bangkok en marge des assemblées annuelles du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, reconnaît que l’institution de Francfort dispose bien d’instruments pour racheter des obligations d’État sur le marché secondaire. Ces outils existent pour répondre à des mouvements de marché désordonnés et injustifiés qui viendraient perturber la transmission de la politique monétaire. Mais leur usage reste encadré par des conditions très strictes, et ces conditions ne sont pas remplies aujourd’hui. La zone euro ne connaît pas, selon lui, de fragmentation financière.

Cette prudence tombe mal pour la France. Son taux d’emprunt à dix ans s’approche des 5%, un niveau inédit depuis 2002. Les investisseurs boudent la signature française, inquiets de sa stabilité économique comme de sa stabilité politique. En cause, une montagne de dettes, des difficultés budgétaires persistantes et un climat d’incertitude qui pèse sur les décisions à venir.

Le gouverneur refuse pour autant de parler de menace pour la solidité du système financier. Les banques et les assurances françaises tiennent le choc, assure-t-il, grâce à des niveaux de capital et à des réserves élevés qui leur permettent d’absorber la hausse des taux. Le vrai point de tension se situe ailleurs, du côté des comptes publics. Plus les taux montent, plus la charge d’intérêts de la dette s’alourdit, et plus il devient difficile de réduire les déficits. Un cercle vicieux dans lequel chaque effort d’assainissement rogne des marges de manœuvre déjà minces.

C’est tout l’enjeu du projet de budget 2027, examiné au Parlement, qui vise un déficit ramené à 5% du PIB l’an prochain. Son adoption reste très incertaine, faute de majorité et à l’approche de l’élection présidentielle. Emmanuel Moulin trace une ligne claire sur les solutions possibles, un dosage entre hausses d’impôts et baisses de dépenses. Mais il insiste sur un point, ce choix appartient aux parlementaires, pas à la Banque de France ni à la BCE.

Ses propos sur la possibilité d’adopter un budget sans majorité au Parlement, via les dispositions prévues par la Constitution, ont d’ailleurs déclenché une vive polémique. Le Rassemblement national a réclamé sa démission, l’accusant d’avoir franchi une ligne rouge, et Jean-Luc Mélenchon a réagi fermement. Le gouverneur assume et précise sa pensée. La hausse des taux payés par la France sur sa dette découle avant tout des incertitudes autour du vote du budget, explique-t-il. Avoir un budget affichant une baisse du déficit, sans dépasser 5%, permettrait de réduire l’écart de taux avec les partenaires européens et de limiter la facture des intérêts.

Il balaie en revanche toute idée d’ingérence dans la campagne présidentielle de 2027. La Banque de France, institution politiquement neutre qui appartient à tous les Français, se contente selon lui de rappeler des réalités factuelles. L’effet de la hausse des taux sur les marges budgétaires et la soutenabilité des finances publiques en fait partie.

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