Monde
La récolte des olives en Cisjordanie se fait désormais sous les coups
Battu par des colons début octobre dans son champ, un agriculteur palestinien a vu son cousin mourir sous un olivier. Il est pourtant revenu terminer sa…


Battu par des colons début octobre dans son champ, un agriculteur palestinien a vu son cousin mourir sous un olivier. Il est pourtant revenu terminer sa cueillette, dans une Cisjordanie occupée où les violences s’intensifient avant les élections israéliennes.
Abdellatif Bazzari a un œil tuméfié et un pansement en travers du visage. L’homme raconte sans détour ce qui lui est arrivé le 7 octobre. Ce jour-là, une quinzaine de colons ont déboulé dans son champ d’oliviers, près du village de Burqa, dans le nord de la Cisjordanie, alors qu’il s’y trouvait avec sa famille. Les coups ont plu avant que l’armée n’intervienne et ne tue son cousin Ali. « Il s’est vidé de son sang sous cet olivier », lâche-t-il en désignant un arbre. Selon lui, les soldats ont aussi empêché une ambulance de lui porter secours. L’armée israélienne défend une tout autre version. Elle assure que des soldats et des gardes-frontières ont été déployés après des « jets de pierres en direction d’un civil israélien, qui a été blessé », et qu’un commandant a repéré « un terroriste » courant vers lui avec un objet suspect avant de le « neutraliser ». Des dirigeants israéliens rappellent que des violences visent également des Israéliens.
Malgré la peur, Abdellatif est retourné dans ses rangées d’arbres. Derrière lui s’étend une petite plaine plantée de centaines d’oliviers. La cueillette a officiellement débuté le 15 octobre, mais les équipes s’activent déjà depuis plusieurs jours, une avance voulue pour tenter d’échapper aux agressions, plus nombreuses cette année à l’approche du scrutin législatif israélien. Le rendez-vous dépasse largement le cadre agricole. Les olives pèsent environ 15% des recettes agricoles palestiniennes, et elles incarnent surtout un attachement viscéral à la terre. Pendant plus d’un mois, familles et amis se retrouvent dans les champs pour une cueillette encore majoritairement faite à la main.
Sauf que les zones devenues dangereuses se multiplient. En cause, l’extension des colonies, portée par le gouvernement de Benjamin Netanyahu. Plus de 500 000 colons israéliens vivent en Cisjordanie, un territoire occupé depuis 1967, au sein d’implantations jugées illégales au regard du droit international. Les violences de colons y ont atteint une fréquence record selon l’ONU, avec en moyenne six attaques entre janvier et juin, entre passages à tabac, actes de vandalisme et incendies volontaires. Sur la même période, plus de 1 100 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie par l’armée ou des colons, contre une cinquantaine d’Israéliens dans des attaques palestiniennes ou lors d’opérations militaires. Les vols de matériel agricole, échelles, bâches ou sacs de récolte, complètent ce tableau. Un employé du ministère de l’Agriculture de l’Autorité palestinienne dit avoir recensé 300 incidents liés à la récolte cet automne. Une organisation israélienne de défense des droits humains dénombre une centaine de larcins, dont un quart s’est produit en présence de l’armée. Pour elle, ces actes servent une politique aux objectifs clairs, empêcher la cueillette, nuire économiquement aux Palestiniens et les chasser de leurs terres.
Le calendrier électoral israélien ne fait rien pour arranger les choses. Abdellatif Bazzari en est convaincu, le Premier ministre ménage les colons parce qu’il courtise leurs voix. « S’il perd, la situation s’améliorera », veut-il croire. Un fonctionnaire palestinien partage ce constat, les partis cherchent à prouver leur fermeté et leur mainmise sur la Cisjordanie, ce qui nourrit chez les colons un sentiment d’impunité. « Ils ne veulent pas que nous plantions ou cultivions quoi que ce soit. Ils nous disent de rester dans nos villages, dans nos villes, de ne pas en sortir », résume l’agriculteur. Lui veut malgré tout continuer à cueillir.
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