Monde
En Mongolie, ces dentistes parcourent des milliers de kilomètres pour sauver des sourires d’enfants
Dans les steppes comme dans les quartiers pauvres d’Oulan-Bator, une fondation soigne gratuitement les dents d’enfants qui n’ont souvent jamais vu un…


Dans les steppes comme dans les quartiers pauvres d’Oulan-Bator, une fondation soigne gratuitement les dents d’enfants qui n’ont souvent jamais vu un praticien. Le sucre et l’ignorance du brossage ont fait des ravages.
Sous une yourte dressée dans la banlieue d’Oulan-Bator, des enfants passent l’un après l’autre entre les mains d’un dentiste venu bénévolement. Autour, une hygiéniste occidentale veille sur eux d’un œil bienveillant. Altanzul, Agimaa et leurs camarades d’orphelinat n’ont pas l’habitude qu’on s’occupe de leur bouche. Beaucoup n’avaient jamais été examinés. C’est précisément ce constat qui a poussé Gabriella Schmidt-Corsitto, hygiéniste suisse installée en Mongolie depuis 2014, à fonder la Misheel Kids Foundation. « Je n’avais jamais vu un enfant de trois ans avec plus une seule dent saine », confie-t-elle pendant que ses collègues auscultent ces mineurs abandonnés ou placés en institution.
Le décor de cette mission dit beaucoup du problème. Près d’un tiers des habitants de la capitale vivent dans ces immenses quartiers de Ger, ces zones où les tentes traditionnelles ont remplacé les immeubles, nées de l’exode rural. Là, les conditions de vie restent rudimentaires et l’hygiène bucco-dentaire quasi inexistante. Alors la fondation ne se contente pas d’attendre les patients. Ses praticiens vont dans les orphelinats, les garderies, et déploient des cliniques mobiles dans les secteurs défavorisés. Deux fois par an, ils partent même pour ce qu’ils appellent des « treks dentaires », des expéditions de plusieurs milliers de kilomètres à travers ce pays grand comme trois fois la France, pour atteindre des populations éparpillées dans des régions reculées.
Le mal est profond, et il touche presque tous les enfants. « Environ neuf sur dix souffrent de caries à travers toute la Mongolie », détaille Namuunaa, cheffe de projet de l’organisation, qui décrit une situation « très grave ». En cause, deux facteurs qui se cumulent. D’un côté, un régime alimentaire transformé depuis la chute du communisme au début des années 1990. Les Mongols, longtemps nomades et nourris de viande et de laitages, ont adopté les en-cas sucrés et les sodas. De l’autre, une pratique du brossage qui reste largement ignorée. « Ces deux facteurs mis ensemble sont la cause du désastre », résume la fondatrice.
Sur place, les soignants travaillent sans relâche. Lors des treks, ils peuvent examiner entre trente et cinquante enfants en une seule journée. « Physiquement et mentalement épuisant », reconnaît Namuunaa, qui ajoute aussitôt que voir l’urgence des besoins « oblige à continuer ». La fondation ne se limite pas aux soins. Elle organise aussi des ateliers de sensibilisation pour petits et grands. Gabriella Schmidt-Corsitto y apprend aux enfants à brosser de bas en haut, devant et derrière, d’abord sur de grosses mâchoires colorées, puis dans leur propre bouche. « Si personne ne nous apprend, nous ne saurons pas forcément comment faire », sourit Agimaa, 14 ans.
Assise sur le fauteuil, Altanzul, huit ans, couettes et pull jaune, montre du doigt la dent qui la fait souffrir. L’examen terminé, elle se redresse d’un coup, radieuse. « J’avais mal, alors c’est vraiment bien », lance-t-elle pendant que d’autres patients patientent. Pour beaucoup d’enfants des campagnes, rappelle Namuunaa, il n’existe pas d’autre option que de « vivre avec la douleur ». La fondation, elle, vit de dons et a déjà traité plus de 22 000 enfants. Trouver de l’argent reste pourtant un « travail acharné et constant », dit sa fondatrice, qui aimerait un soutien plus fort des autorités. « Nous ne pouvons pas prendre en charge tout le pays, mais nous constituons un exemple qui pourrait être reproduit. »
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