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Deux mois après son arrivée au pouvoir, la Colombie descend dans la rue
Des milliers de personnes ont manifesté mercredi contre les politiques d’Abelardo de la Espriella, pour la première grande journée de mobilisation depuis…


Des milliers de personnes ont manifesté mercredi contre les politiques d’Abelardo de la Espriella, pour la première grande journée de mobilisation depuis son élection. Syndicats, étudiants, communautés indigènes et organisations féministes répondaient à l’appel de l’opposition menée par l’ancien président Gustavo Petro.
Mercredi, la Colombie a vécu sa première grande journée de contestation contre le gouvernement d’Abelardo de la Espriella. À l’appel de l’opposition conduite par l’ancien président de gauche Gustavo Petro, des syndicats, des étudiants, des communautés indigènes et des organisations féministes ont défilé dans plusieurs villes du pays. Les slogans promettaient déjà la chute du nouveau pouvoir.
À Bogota, Unzo Vargas, fonctionnaire de 44 ans, marchait derrière le drapeau arc-en-ciel de la communauté LGBT+. « Nos droits sont menacés. Tout ce pour quoi nous nous sommes battus pendant si longtemps est aujourd’hui en péril », résume-t-il. Sur les pancartes, on pouvait lire « Abelardo nous déteste » ou « Pour le futur du pays ». Deux mois après son installation, le rejet reste donc très fort envers cet ancien avocat millionnaire, admirateur de Donald Trump et parfait novice en politique avant son élection.
Ce qui inquiète surtout, ce sont les acquis sociaux. L’opposition redoute un retour en arrière sur les réformes obtenues sous Gustavo Petro, premier président de gauche de l’histoire du pays. Pendant son mandat, l’accès gratuit à l’université publique a été élargi, le salaire minimum a connu des hausses records et les salariés ont gagné des avantages, à commencer par la majoration des heures de nuit. « Le peu que nous avons obtenu, nous sommes sur le point de le perdre », redoute Ester Guerra, professeure des écoles de 32 ans, rencontrée dans la capitale. Les détracteurs du président estiment aussi que les droits humains sont menacés par sa stratégie de lutte frontale contre les groupes armés impliqués dans le narcotrafic.
La politique étrangère alimente une autre colère. Le rétablissement des relations diplomatiques avec Israël, rompues sous Petro, et le rapprochement avec Washington passent très mal. « Je suis en colère, nous ne méritons pas ça », lance Jimena Rodriguez, étudiante de 20 ans, qui accuse le chef de l’État de vouloir « livrer le pays aux États-Unis, à Israël ». « J’ai l’impression que des temps obscurs arrivent », ajoute-t-elle. Dans la capitale, des manifestants ont brandi des drapeaux palestiniens et brûlé un grand drapeau américain. « Il y a beaucoup de frustration, et cette manifestation montre que l’opposition représente une grande partie du pays », affirme Samuel Molina, autre étudiant de 20 ans.
La crainte de la répression plane sur le mouvement. Un décret signé mardi encadre les protestations et facilite l’usage de la force en cas de blocage des routes. « Ils essaient d’intimider la population pour qu’elle ne sorte pas manifester, mais ce droit est inscrit dans la Constitution », souligne Oscar Pérez, professeur de 40 ans.
Cette journée avait aussi d’autres motifs. Les communautés autochtones protestent contre un projet d’encadrement de la garde indigène, cette entité civile chargée de défendre les territoires ancestraux dans des régions où sévissent guérillas et groupes armés liés au trafic de drogue. Le président est par ailleurs critiqué pour un supposé manque de transparence dans la gestion des fonds confiés à son épouse, qui coordonne les aides privées destinées aux sinistrés du violent séisme ayant frappé l’ouest du pays le 10 août. Ses références religieuses répétées, et le « vive le Christ roi ! » qui referme chacune de ses allocutions, nourrissent enfin les inquiétudes sur le caractère laïc de l’État.
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