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Quatorze millions de retraités attendent enfin de savoir si leur pension va grimper

Syndicats et patronat ont ouvert mercredi des négociations délicates sur la revalorisation des retraites complémentaires, gelées l’an dernier faute…

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Quatorze millions de retraités attendent enfin de savoir si leur pension va grimper

Syndicats et patronat ont ouvert mercredi des négociations délicates sur la revalorisation des retraites complémentaires, gelées l’an dernier faute d’accord. Entre la rue et la table des discussions, la pression monte pour un coup de pouce qui ne pourra pas dépasser 1,9 %.

À Paris, ils étaient entre 200 et 300 à défiler place de la Bastille sous les drapeaux de la CGT, de la FSU et de Solidaires, et d’autres rassemblements se sont tenus dans plusieurs villes de France. Le même jour, les représentants des salariés et des employeurs qui cogèrent l’Agirc-Arrco se sont installés autour de la table. En jeu, le niveau de revalorisation des pensions complémentaires versées à 14 millions de personnes, fixé chaque 1er novembre. Le message des manifestants tient en une phrase. Ils veulent la hausse la plus forte possible pour ne pas perdre de pouvoir d’achat.

Le mécanisme du régime fixe lui-même les limites. Les pensions sont censées évoluer légèrement en dessous de l’inflation, avec un décalage de 0,4 point. L’Insee estime cette inflation à 2 % pour 2026. Le conseil d’administration peut décider de coller à cette inflation, ou au contraire de retrancher encore 0,4 point, mais sans jamais dépasser la progression du salaire moyen, évaluée cette année à 1,9 %. Résultat, l’accord se jouera dans une fourchette étroite, entre 1,2 % et 1,9 %. L’enjeu n’est pas anecdotique. Ces pensions complémentaires représentent une part très variable du revenu des retraités, schématiquement autour de 30 % pour les petits salaires et jusqu’à 60 % pour les cadres. Et elles évoluent à un rythme différent du régime général, qui lui bouge en début d’année.

L’an dernier, la discussion a tourné court. Les cogestionnaires ne sont pas parvenus à s’entendre dans un climat alourdi par la suspension de la réforme des retraites, et la revalorisation a été purement et simplement nulle. Un précédent qui a entamé la confiance accordée aux partenaires sociaux pour piloter un dispositif de cette ampleur. Cette fois, le Medef est dans le viseur. Il lui est reproché d’avoir fait capoter les échanges en proposant une hausse de 0,2 %, et de camper sur ses positions. L’organisation patronale, de son côté, appelle à la responsabilité pour préserver durablement le régime et refuse d’ignorer la dégradation des indicateurs économiques comme des finances publiques. Du côté syndical, on insiste sur le quotidien des intéressés, loyers, courses, charges, en rappelant que tous les retraités français ne sont pas propriétaires avec une grosse pension. Le contexte budgétaire pèse aussi sur les esprits, avec 5,5 milliards d’euros d’économies recherchées sur les retraites et un gel ou une sous-indexation des pensions de base envisagés pour 2027, pour celles dépassant 1 260 euros. Dans ce décor, une hausse inférieure à l’inflation passerait très mal.

Les gestionnaires, eux, raisonnent sur le long terme. Avant chaque décision, ils doivent garantir que le régime garde en réserve de quoi payer six mois de versements, à tout moment sur un horizon de quinze ans. Aujourd’hui, les réserves dépassent 90 milliards d’euros, soit l’équivalent de dix mois de pensions. Le régime verse plus de 100 milliards chaque année. Chaque point de revalorisation coûte donc un milliard d’euros supplémentaire, auquel s’ajoute la hausse dite naturelle des dépenses, environ 1,5 milliard par an, portée par le vieillissement de la population. Un équilibre à trouver entre le pouvoir d’achat des retraités et la solidité d’un système présenté comme un modèle de paritarisme.

Le calendrier ajoute une dose de politique à l’exercice. À six mois de l’élection présidentielle, les organisations syndicales et patronales cherchent à démontrer qu’elles peuvent relancer un dialogue social autonome, indépendant de l’État. Elles jouent gros sur ce rendez-vous. L’accord signé en 2023 devait initialement couvrir la période 2023-2026, mais il restera finalement en vigueur jusqu’après le scrutin. De nouvelles négociations, à l’automne 2027, serviront à paramétrer les règles pour la période 2027-2030.

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