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Un Nobel de la paix qui pourrait bien contrarier Donald Trump
Le comité Nobel norvégien dévoile ce vendredi à Oslo le nom de son lauréat, choisi parmi 287 candidatures gardées secrètes. Quel que soit le vainqueur…


Le comité Nobel norvégien dévoile ce vendredi à Oslo le nom de son lauréat, choisi parmi 287 candidatures gardées secrètes. Quel que soit le vainqueur, son nom résonnera probablement comme un message adressé à Washington.
Vendredi, 11 heures, Oslo. C’est dans les murs de l’Institut Nobel que tombera le verdict le plus attendu de la saison, celui du prix de la paix, le seul des Nobel décerné en Norvège. Les pronostics vont bon train, mais ils restent fragiles. La liste des 287 individus et organisations proposés cette année demeurera confidentielle pendant un demi-siècle. Autant dire que toute prédiction relève de la devinette.
Une chose semble en revanche acquise pour les spécialistes. Donald Trump ne sera pas couronné. Le président américain, lui, ne s’en cache pas. Il assure avoir mis un terme à jusqu’à huit guerres et se voit en candidat idéal. « Ils ont la réputation de ne peut-être pas le donner à des gens comme moi (…) et je pense que cela les discréditerait grandement », a-t-il lancé cette semaine, en précisant ne pas parler « par mépris ».
À Oslo, son nom est surtout perçu comme disqualifiant. On lui reproche sa campagne contre l’Iran, ses ambitions territoriales du côté du Groenland, sa ligne dure face aux migrants, ses attaques répétées contre le multilatéralisme et les médias. Dans ce contexte, le choix du comité, quel qu’il soit, risquera fort d’être lu comme un reproche, direct ou indirect, adressé au milliardaire républicain.
Cette équation préoccupe jusqu’aux chercheurs. Pour Haakon Gjerløw, directeur par intérim de l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo, le comité doit peser une question délicate. Le prix risque-t-il de faire « plus de mal que de bien » à celui ou celle qui le reçoit, au vu des réactions possibles à la Maison Blanche ? L’an dernier, la récompense était revenue à Maria Corina Machado, figure de l’opposition vénézuélienne. Un choix jugé acceptable par Donald Trump, qui avait même reçu sa médaille d’or des mains de la lauréate quelques jours après la capture de Nicolas Maduro, sans lui accorder pour autant un soutien politique.
Le comité, de son côté, refuse de se laisser impressionner. « Bien sûr, nous devons en discuter, mais cela n’influence pas les discussions au sein du comité ni les décisions qui en découlent », a assuré son secrétaire, Kristian Berg Harpviken.
Reste la question du profil à retenir. Un lauréat œuvrant dans un domaine largement consensuel, comme la protection de l’enfance ou l’action humanitaire, aurait moins de chances de froisser le président américain. Parmi les pistes citées reviennent l’ONG Save the Children, l’Ukrainien Mykola Kouleba, qui travaille à retrouver les enfants ukrainiens emmenés de force, une cause chère à Melania Trump, ou encore les Cellules d’intervention d’urgence, un réseau de bénévoles venant en aide aux populations frappées par la guerre et la faim au Soudan. Le directeur de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, Karim Haggag, soutient justement ces cellules. « Le conflit au Soudan, malheureusement, a été oublié. Or, il s’agit d’un conflit qui a véritablement été le théâtre d’énormes souffrances humanitaires », plaide-t-il.
D’autres noms auraient un tout autre effet, plus irritant encore pour Washington. On évoque la rapporteure spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens occupés Francesca Albanese, le pape Léon XIV, la défense de la liberté de la presse avec le Comité pour la protection des journalistes, ou la justice internationale à travers la Cour pénale internationale et la Cour internationale de justice. De quoi transformer la cérémonie en véritable prise de position.
La saison Nobel, elle, s’achèvera lundi à Stockholm avec le prix d’économie. Avant cela, la médecine a récompensé l’Américain Karl Deisseroth et les Allemands Peter Hegemann et Georg Nagel pour leurs travaux sur le cerveau. La physique a distingué le Belge Francis Halzen, spécialiste des neutrinos qui éclairent les origines de l’univers. La chimie est revenue au Français Henri Kagan et au Japonais Kenso Soai, pour avoir percé le mystère de l’apparition d’une seule des deux formes de certaines molécules dans la nature. La littérature a sacré la Canadienne Anne Carson pour une œuvre jugée « audacieuse et inventive ». Chaque lauréat recevra un diplôme, une médaille d’or et un chèque de 12 millions de couronnes suédoises, soit environ un million d’euros. La remise officielle aura lieu le 10 décembre.
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