Société
Chauffer les HLM sans gaz, un casse-tête qui inquiète les bailleurs
L’État veut sortir du gaz deux millions de logements sociaux, mais tout passer à l’électricité ferait grimper les factures des locataires. Dans l’est…


L’État veut sortir du gaz deux millions de logements sociaux, mais tout passer à l’électricité ferait grimper les factures des locataires. Dans l’est parisien, un bailleur teste une solution hybride capable de choisir l’énergie la moins chère selon l’heure.
Les crises géopolitiques ont fait grimper le prix des énergies fossiles, et l’État cherche désormais à réduire sa dépendance à des importations de gaz qui pèsent lourd. Son plan d’électrification, dévoilé en avril, fixe un cap ambitieux. Sortir du gaz deux millions de logements sociaux d’ici à 2050. Le chantier est immense, car le gaz assure aujourd’hui le chauffage de 55 % des HLM, une habitude héritée des chocs pétroliers des années 1980.
Dans l’est parisien, une résidence de 400 logements sociaux gérée par la Régie immobilière de la Ville de Paris sert de laboratoire. Trois chaudières à gaz y assuraient jusqu’ici le chauffage et l’eau chaude. Une résistance électrique va venir s’ajouter au dispositif pour chauffer l’eau des douches et des cuisines. L’idée n’est pas de tout faire basculer vers l’électricité, mais de rendre le système hybride afin de choisir l’énergie la moins chère au bon moment, explique Thomas Tirtiaux, patron d’Elax Energie, la société qui a conçu cette installation pilotable.
Le calcul repose sur une particularité des marchés de gros. Le prix de l’électricité dépend de ce qui est produit et de ce qui est réellement consommé au même instant. Quand la production dépasse la demande, par exemple lors des belles journées où le solaire, en plein essor, tourne à plein régime, ce prix peut devenir négatif. L’hiver, à l’inverse, l’électricité peut coûter plus cher que le gaz. D’où l’intérêt de basculer au bon moment. Elax vise 50 % des besoins en eau chaude couverts par l’électricité, ce qui éviterait 400 kg de CO2 par an, soit les émissions liées à la fabrication de cinq smartphones. Pour les locataires, l’économie attendue se situe entre 40 et 60 euros par logement.
Quatre résidences de la RIVP, soit 1 000 logements, testent ce dispositif, qui ne touche pas au chauffage, toujours assuré au gaz. Une généralisation dépendra des résultats. Du côté des bailleurs, la prudence domine. Simon Molesin, directeur du patrimoine de la RIVP, rappelle que faire basculer chauffage et eau chaude vers l’électricité coûtait plus cher que les dépenses actuelles. Il a donc fallu chercher un compromis et préserver le pouvoir d’achat des locataires, ajoute-t-il, en soulignant que la conversion vers du 100 % électrique reste difficile et risquerait de faire bondir les factures.
Cet avis est partagé ailleurs. Franck Nicol, directeur de Val Touraine Habitat, se dit persuadé que l’électricité à 100 % n’est pas la solution et alourdirait les charges des locataires. Il plaide pour des réponses au cas par cas, selon le bâtiment, et cite pêle-mêle la pompe à chaleur hybride, les panneaux photovoltaïques, l’hydrogène, le gaz vert venu de l’agriculture ou encore les réseaux de chaleur urbains. Chez Gironde Habitat, Rémi Poujardieu, responsable de la gestion du patrimoine, défend l’idée d’un mix énergétique et rappelle qu’une partie des équipements au gaz sont récents, donc plutôt performants.
Une piste monte en puissance, la production d’énergie solaire consommée directement sur place. À Bordeaux, des panneaux alimentent les parties communes d’un immeuble et le bailleur convertit ses locataires petit à petit. Pour déblayer le terrain, l’Union sociale pour l’habitat a lancé fin 2025 une alliance chargée d’identifier les leviers et de lever les obstacles. Ses recommandations sont attendues en décembre. Sa présidente, Emmanuelle Cosse, a rappelé lors du congrès HLM de septembre la nécessité d’apporter des solutions qui répondent à des enjeux sociaux sans mettre les locataires en difficulté. Simon Molesin donne d’ailleurs un contre-exemple à ne pas suivre, celui des ménages au chauffage individuel électrique, qui paient les factures les plus lourdes et finissent par ne plus allumer leurs radiateurs.
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