Planète
Le monde a promis de tourner la page des fossiles, les chiffres racontent autre chose
Dubaï 2023, près de 200 pays s’engageaient à sortir des énergies fossiles. Trois ans plus tard, pétrole, gaz et charbon fournissent toujours l’immense…


Dubaï 2023, près de 200 pays s’engageaient à sortir des énergies fossiles. Trois ans plus tard, pétrole, gaz et charbon fournissent toujours l’immense majorité de l’énergie consommée sur la planète.
Trois ans ont passé depuis le compromis de Dubaï. À l’époque, près de 200 nations promettaient de réduire leur dépendance au pétrole, au gaz et au charbon. La promesse sonnait clair. La suite l’est beaucoup moins. Non seulement les renouvelables se sont développées, mais la production de fossiles a elle aussi grimpé. La planète consomme aujourd’hui plus d’énergie qu’avant, et cette énergie vient toujours très majoritairement des fossiles.
Les chiffres ramènent tout le monde sur terre. Selon le rapport annuel de l’Energy Institute, l’approvisionnement énergétique mondial a progressé de 1,7% en 2025. Les renouvelables ont porté cette hausse, mais le pétrole, le gaz et le charbon ont avancé eux aussi. Leur poids cumulé atteint 86% de l’offre totale. L’Agence internationale de l’énergie avance un chiffre proche pour 2024, avec 81% du mix partagé entre le pétrole (30%), le charbon (28%) et le gaz (23%). Les écarts entre pays restent énormes. Aux États-Unis, premier producteur mondial de pétrole et de gaz, ces deux ressources comptent chacune pour 36% du mix, le charbon tournant autour de 10%. En Chine, qui absorbe plus d’un quart de l’énergie mondiale, le charbon pèse 60%, le pétrole 18% et le gaz 8%. En Europe, la France fait figure d’exception avec 45% de son énergie issue du nucléaire en 2025, contre 26% du pétrole et 11% du gaz, quand l’Allemagne s’appuie à 35% sur le pétrole, 28% sur le gaz et 15% sur le charbon.
La progression des renouvelables, elle, ne fait aucun doute. Portée par l’électrification des usages, la production solaire a bondi de 28% dans le monde en 2025 et couvre désormais 8,5% de l’électricité produite, tout près du niveau de l’éolien et du nucléaire. Mais cette avancée ne raconte qu’une partie de l’histoire. L’électricité ne pèse que 23% de la consommation finale d’énergie. Et cette électricité sort encore largement des centrales à charbon (34%) et à gaz (22%), les renouvelables apportant 34%.
D’où la mise en garde des spécialistes. Si l’on parle de transition, elle ne concerne pour l’instant que le secteur électrique, rappelle le chercheur au CNRS et historien de l’énergie Jean-Baptiste Fressoz. Le pic de la demande de charbon, principal responsable des émissions de CO2 d’origine humaine, pourrait être franchi avant 2030. La dynamique est tout autre pour le gaz et le pétrole. L’idée que l’essor d’une énergie entraîne mécaniquement le recul des autres relève selon lui de l’illusion. Le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie le confirme. Dans un scénario fondé sur les politiques actuelles, la demande de charbon commence à refluer avant la fin de la décennie, mais celle de pétrole grimpe de 13% et celle de gaz de 30% entre 2024 et 2050.
Le sujet des énergies fossiles a beau être central, il reste délicat à porter sur la scène internationale. Trois ans après Dubaï, la question de la sortie des fossiles ne figure pas à l’ordre du jour officiel de la COP31 prévue en Turquie. Lors de la COP30 à Belem au Brésil en 2025, le débat a été très clivant, comme le raconte Romain Ioualalen, de l’ONG Oil Change International, mais il n’a pas abouti dans les conclusions. En novembre, les discussions devraient surtout se concentrer sur l’électrification. Une approche que Jean-Baptiste Fressoz invite à relativiser. Les COP comptent moins que ce qui se joue sur le terrain, estime-t-il. Certains pays, l’Inde ou la Chine en tête, parlent peu en diplomatie mais fournissent des efforts colossaux chez eux, souligne Romain Ioualalen.
Reste l’essentiel, qui tient souvent en peu de mots. Les décisions se prennent au rythme des prix des énergies fossiles, des tensions sur les chaînes d’approvisionnement et des inquiétudes autour de la souveraineté énergétique. Pour Jean-Baptiste Fressoz, la conclusion s’impose d’elle-même. Ce sont les marchés qui dictent les comportements.
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