Société
À Mayotte, cinq fois plus de porteurs du VIH qu’en 2019 et des malades qui n’osent plus venir
L’archipel compte désormais cinq adultes séropositifs pour mille habitants, le taux de positivité le plus élevé de tous les départements français. Sauf…


L’archipel compte désormais cinq adultes séropositifs pour mille habitants, le taux de positivité le plus élevé de tous les départements français. Sauf que le dépistage et le traitement restent hors de portée pour une partie de la population, à commencer par les étrangers sans papiers qui redoutent les contrôles de police autour de l’hôpital.
Mayotte n’a jamais connu autant de nouvelles contaminations. En 2019, un adulte sur mille y vivait avec le VIH. Six ans plus tard, ils sont cinq sur mille, selon l’étude Epimay 2025 menée par l’agence régionale de santé. Aucun autre département français n’affiche un taux de positivité aussi haut. Dans le service des maladies infectieuses du Centre hospitalier de Mayotte, à Mamoudzou, le docteur Mohamadou Niang a vu la courbe s’emballer. Jusqu’en 2021, il recensait vingt à trente nouveaux cas positifs par an. « En 2025, on est à 139 », s’alarme-t-il. Et à la fin du mois d’août 2026, une centaine de diagnostics supplémentaires avaient déjà été posés pour l’année en cours.
Le problème ne tient pas seulement au virus. Il tient à la façon dont les gens y arrivent. Un patient sur cinq découvre sa maladie à un stade très tardif, quand les traitements ont perdu de leur efficacité. Le coût des transports pèse lourd dans un département où 77 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Mais le frein le plus puissant porte un autre nom. « Le principal obstacle, c’est la PAF », tranche le docteur Alain Prual, responsable du centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic de Mamoudzou, qui évoque des contrôles filtrants aux abords de l’hôpital. Directeur de la Protection maternelle et infantile, le docteur Abdon Goudjo observe de son côté des patientes qui élaborent des « stratégies » pour « contourner les forces de police » et parvenir jusqu’à un médecin. En juin 2024, le Défenseur des droits a attesté l’existence de ces contrôles aux abords du centre hospitalier, susceptibles d’entraver l’accès aux soins des étrangers en situation irrégulière. Près de 48 % des habitants de l’île sont étrangers, d’après le recensement de l’Insee. Et ce sont eux que le virus touche le plus. En 2024, 65 % des nouveaux diagnostics concernaient des ressortissants de Madagascar et des Comores, et 22 % d’Afrique subsaharienne, dans une région où les cas restent nombreux.
Pour passer sous ces barrages, le dépistage sort des murs de l’hôpital. Le CeGIDD a ouvert des antennes à Longoni au nord, à Iloni au centre et en Petite-Terre, et des unités mobiles sillonnent l’archipel. À Dembéni, au centre-est de l’île, le médiateur en santé Israël Mundi, de l’association Nariké M’sada, propose dans un camion des tests rapides dont le résultat tombe « en quelques minutes ». Cette itinérance permet « d’aller au plus proche de la population », souligne son collègue agent de prévention Ahmed Hassani. Un test positif débouche ensuite sur une orientation vers le Centre hospitalier de Mayotte.
C’est là que le parcours se complique. Dans le service du docteur Niang, plus de la moitié des 600 patients suivis sont des étrangers sans papiers. Sans couverture sociale, ils devaient jusqu’à récemment se présenter chaque mois à l’hôpital pour récupérer leurs antirétroviraux. Effrayés, certains font demi-tour. D’autres sont « souvent » interpellés dans les environs, puis placés en centre de rétention administrative en vue d’une expulsion, alors que les titres de séjour pour soins restent « difficiles » à obtenir. Ces interruptions ont une conséquence mesurable. Le virus n’est indétectable dans le sang que chez 80 % des patients suivis à Mayotte, contre plus de 95 % en métropole. Pris sans interruption, les antirétroviraux empêchent le virus de se multiplier jusqu’à le rendre indétectable, et la personne ne le transmet alors plus. Pour limiter les déplacements risqués, le médecin délivre désormais les traitements pour trois mois. Un comité opérationnel réunissant la préfecture et l’agence régionale de santé, créé en avril 2026, prévoit de sanctuariser les lieux de dépistage avec les forces de l’ordre.
En attendant, la prévention reste la meilleure arme. Fin septembre, sur la côte nord-est, à Bandraboua, Raissa Ali Baco, chargée de santé sexuelle à la Croix-Rouge, a distribué des préservatifs gratuits. Le préservatif reste « le seul moyen qui protège contre toutes les IST », les infections sexuellement transmissibles, rappelle-t-elle. Un message simple, à porter au plus près de ceux que le système de soins n’atteint plus.
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