Europe
Pour Berlin, la guerre de l’ombre menée par Moscou peut déraper
Le patron du renseignement extérieur allemand prévient que la confrontation avec la Russie a changé de nature et gagné en dangerosité. Il redoute que son…


Le patron du renseignement extérieur allemand prévient que la confrontation avec la Russie a changé de nature et gagné en dangerosité. Il redoute que son pays finisse par être entraîné dans un conflit violent.
Martin Jäger, à la tête du Bundesnachrichtendienst, s’exprimait lors de l’audition publique annuelle des chefs du renseignement devant le Parlement. Son constat se passe de détours. La confrontation avec la Russie a pris une dimension nouvelle et plus périlleuse, explique-t-il, et l’Allemagne elle-même pourrait basculer dans un affrontement armé. Il cite un exemple précis, la tentative d’attaque à Leipzig. À ses yeux, la menace d’actions visant des cibles déterminées sur le sol allemand reste bien réelle et imminente.
Derrière ce dossier se trouve la tentative d’attaque contre l’aéroport de Leipzig en août. Depuis des mois, les autorités allemandes dénoncent une campagne hybride faite de cyberattaques et de pressions en tout genre, qu’elles attribuent à Moscou. La Russie, de son côté, rejette catégoriquement toute velléité d’agression envers les pays de l’Otan. Vladimir Poutine l’a redit récemment, affirmant n’avoir aucune intention d’attaquer qui que ce soit, ni cette année ni dans plusieurs décennies, tout en prévenant que son pays riposterait s’il était lui-même attaqué.
Pour Martin Jäger, les services russes agissent contre l’Allemagne et sur son territoire avec une agressivité qui ne cesse de croître. Moscou teste Berlin et observe la façon dont il réagit, souligne-t-il. Du point de vue du Kremlin, le moindre signe d’hésitation devient une invitation à appuyer encore sur le pays. Rien n’indique pour autant qu’une offensive de grande ampleur se prépare contre le territoire de l’Otan, tempère-t-il. Mais la Russie pourrait mener des actions militaires de faible intensité, notamment dans les pays baltes. L’Allemagne, ajoute-t-il, doit se tenir prête à davantage d’ingérences et de tentatives d’intimidation, jusqu’aux menaces nucléaires. Un enjeu d’autant plus sensible que Berlin est le premier soutien de l’Ukraine dans la guerre qui l’oppose à la Russie.
À Bruxelles, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a tenu un discours convergent, lors d’une conférence de presse aux côtés du Premier ministre moldave. Elle a évoqué une recrudescence, ces dernières semaines, des attaques hybrides russes, des tentatives de sabotage et des violations d’espace aérien. Des missiles et des drones russes ont de nouveau pénétré l’espace aérien moldave, a-t-elle dénoncé, jugeant la situation totalement inacceptable. Moscou a par ailleurs frappé des installations électriques et des infrastructures ukrainiennes autour de Kyiv et dans d’autres régions. Le ministère moldave de la Défense a pour sa part signalé le passage de trois drones dans son espace aérien au cours de cette même journée.
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