Économie
Lagarde prévient que l’Europe risque de perdre la main sur son intelligence artificielle
La patronne de la BCE met en garde contre une dépendance technologique qui pourrait laisser le Vieux Continent à la merci de décisions prises ailleurs.…


La patronne de la BCE met en garde contre une dépendance technologique qui pourrait laisser le Vieux Continent à la merci de décisions prises ailleurs. Elle appelle à bâtir une capacité européenne avant qu’il ne soit trop tard.
Christine Lagarde a lancé un avertissement jeudi lors d’une conférence à la Banque centrale européenne. Pour la présidente de l’institution, l’Union européenne ne peut pas se permettre de laisser son avenir numérique entre les mains d’acteurs étrangers. Sa formule résume l’enjeu. Sans ses propres capacités en intelligence artificielle, le continent s’expose à un « interrupteur contrôlé ailleurs », autrement dit à la possibilité qu’un tiers décide, du jour au lendemain, de couper l’accès à des outils devenus indispensables.
Le constat est simple. Les modèles d’IA les plus performants se développent aujourd’hui presque exclusivement aux États-Unis et en Chine. Cette concentration pose une question délicate. Que se passe-t-il si les institutions financières européennes bâtissent leurs activités sur des technologies dont le contrôle échappe totalement à l’Europe. Lagarde évoque une dépendance potentiellement lourde, capable de fragiliser tout un pan du système financier. Elle ne cite aucune entreprise, mais chacun aura reconnu les grands modèles américains et chinois qui équipent aujourd’hui les outils du quotidien.
L’inquiétude n’a plus rien de théorique. Jusqu’à récemment, la question du contrôle d’accès relevait de l’hypothèse. Depuis l’été, ce n’est plus le cas. En juin, une mesure américaine de contrôle des exportations a provoqué une coupure brutale pour des utilisateurs européens, privés d’un coup de certains modèles avancés. L’accès au grand public a été rétabli quelques semaines plus tard. Mais le modèle le plus sensible, lui, reste réservé aux organisations autorisées par Washington. La démonstration est faite. Un simple décret peut fermer la porte.
Au-delà de cette question stratégique, Lagarde pointe d’autres risques liés à la montée en puissance de l’IA. Les mouvements de marché pourraient s’amplifier, les cyberattaques se multiplier, et de nouvelles fragilités apparaître dans le système financier. Face à ces menaces, elle appelle à une forme de coopération internationale. Même les puissances rivales, souligne-t-elle, ont intérêt à empêcher que les modèles les plus avancés tombent entre de mauvaises mains. Elle plaide pour que les acteurs chargés de protéger les infrastructures critiques conservent leur accès. « J’espère vraiment qu’une telle coopération internationale émergera », a-t-elle conclu, laissant planer la question de savoir si les grandes puissances sauront s’entendre sur un terrain aussi sensible.
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