Nous rejoindre sur les réseaux

Société

Dans les lycées, une génération réclame des profs, des murs et de l’air

Un peu partout en France, des lycéens bloquent leurs établissements pour exiger davantage de moyens, des professeurs remplacés et des bâtiments où l’on…

Article

le

Dans les lycées, une génération réclame des profs, des murs et de l'air

Un peu partout en France, des lycéens bloquent leurs établissements pour exiger davantage de moyens, des professeurs remplacés et des bâtiments où l’on peut travailler. Derrière le mouvement, des revendications très concrètes et des chiffres qui montrent l’ampleur du chantier.

Ils ont entre 15 et 18 ans et ils ont décidé de le faire savoir. Dans plusieurs villes, des lycéens occupent ou bloquent leur établissement. Leur liste de demandes tient en quelques mots, mais elle touche à tout ce qui fait leur quotidien. Plus d’argent et plus de personnels pour l’Éducation nationale, d’abord. Nina et Candice, 17 ans, scolarisées au lycée Arago, dans le 12e arrondissement de Paris, réclament « plus de moyens, surtout pour les lycées de banlieue », qu’elles soutiennent, et un « système plus égalitaire ». Elles reconnaissent volontiers que leur propre établissement, rénové, les épargne. Elles savent que ce n’est pas le cas partout.

Les chiffres donnent un ordre de grandeur. En 2023, le ministère de l’Éducation a consacré en moyenne 8 550 euros par lycéen, dans le public comme dans le privé sous contrat. Cette moyenne masque pourtant de gros écarts. Dans les régions urbaines, l’Île-de-France en tête, la dépense par élève passe sous la moyenne nationale. Les lycées y sont aussi plus grands, ce qui pèse sur l’encadrement. Autre particularité francilienne, les enseignants y sont plus jeunes et moins rémunérés. À ces dotations s’ajoutent les budgets des Régions, qui ont la charge des lycées. Elles ont dépensé en moyenne 3 000 euros par établissement, avec des différences marquées selon les territoires, de 2 380 euros en Île-de-France à 5 830 euros en Guyane.

C’est l’un des motifs de colère les plus cités. Des classes se retrouvent sans professeur, parfois dans des matières décisives comme le français en première. À la rentrée, il manquait au moins un enseignant dans 53 % des collèges et lycées publics, selon une enquête syndicale. Le ministère nuance et assure que, dans la plupart des cas, il s’agit d’heures à couvrir et non de postes à temps plein restés vacants. Les statistiques officielles parlent d’elles-mêmes. Sur l’année 2024-2025, 10 % des heures n’ont pas été assurées dans les lycées. Un rapport parlementaire récent avance même que, dans le second degré, environ 7,5 % des heures d’enseignement sautent faute de remplaçants. Le ministre de l’Éducation Édouard Geffray reconnaît qu’il faut « tout faire pour les réduire », tout en prévenant que « le 100 % de remplacement, c’est quelque chose qui est statistiquement quasiment impossible » et qu’il ne faut « pas se mentir ».

S’ajoute la question du volume horaire. Les lycéens suivent un nombre important d’heures de cours obligatoires chaque semaine, options non comprises, et beaucoup jugent la charge trop lourde. À Lille comme à Rennes, les mêmes mots reviennent. Swan, 17 ans, en terminale au lycée Bréquigny, dans un quartier populaire de Rennes, raconte des classes à 35 élèves et rappelle que même les professeurs se plaignent. Les données ministérielles confirment la tendance. En 2025, une classe de lycée compte en moyenne 30 élèves, contre 27 en 2010. Les rythmes scolaires, eux, reviennent régulièrement dans le débat. La convention des temps de l’enfant a proposé un démarrage des cours à 9 heures au lycée, avec les apprentissages théoriques le matin et les pratiques l’après-midi. Le gouvernement n’a pas donné suite. Modifier ces horaires suppose aussi d’adapter les transports scolaires, notamment en zone rurale, une compétence des collectivités.

Parcoursup cristallise une autre tension. Nils Guerin, 16 ans, scolarisé près de Bordeaux, évoque un « malaise » grandissant face à une plateforme « très stressante ». Certains vont plus loin et demandent sa suppression pure et simple. Candice, elle, plaide pour « plus de places dans les universités ». Créé en 2018 pour remplacer APB, Parcoursup est obligatoire pour candidater dans la plupart des formations du supérieur. Mais tout le monde n’y trouve pas sa place. En juillet, environ 130 000 élèves restaient sans affectation à l’issue de la phase principale, la phase complémentaire se poursuivant encore. Le dispositif est aussi critiqué pour son manque de transparence, en particulier du côté des algorithmes utilisés, et beaucoup y voient une sélection déguisée.

Le bâti fait partie du problème. Au lycée Saint-Exupéry de Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines, des adolescents ont décrit des trous dans les plafonds, des vidéoprojecteurs et des ordinateurs hors service. À Marseille, Tanelle, 16 ans, en première générale au lycée Thiers, s’agace qu’une classe défense ait été ouverte alors que l’argent manque pour installer des ventilateurs dans des salles où l’on étouffe. Les canicules du printemps ont mis le sujet sur la table, et le gouvernement met en avant les programmes de rénovation engagés. Ces établissements appartiennent aux Régions et non à l’État. Les pouvoirs publics évoquent 6 200 projets soutenus, via le fonds vert ou EduRénov, deux dispositifs de rénovation énergétique. Reste qu’aucune cartographie de la performance énergétique des établissements n’existe à ce jour. Le ministère assure qu’elle est en préparation.

Ce que ces lycéens mettent sur la table dépasse la seule question des budgets. Il y a la fatigue des journées trop remplies, l’angoisse d’une orientation qui se joue sur un algorithme, la chaleur dans des salles mal isolées et le sentiment, parfois, d’être les derniers servis. Autant de sujets qui concernent près de 2,2 millions d’adolescents répartis dans environ 3 700 lycées. Le mouvement, lui, continue de chercher des réponses concrètes.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus