Société
Des centaines de lycées perturbés, des campus bloqués, l’exécutif réunit sa cellule de crise
La fronde lycéenne ne retombe pas et s’étend désormais aux universités, avec une trentaine de campus bloqués un peu partout en France. Le Premier ministre…

La fronde lycéenne ne retombe pas et s’étend désormais aux universités, avec une trentaine de campus bloqués un peu partout en France. Le Premier ministre a convoqué une cellule de crise le jour même où le budget 2027 était présenté, avec une enveloppe en hausse pour l’Education nationale.
La situation se tend un peu plus chaque jour. Mercredi, 356 établissements scolaires étaient touchés et les forces de l’ordre ont interpellé 625 personnes. Côté blessés, 83 policiers et gendarmes ont été atteints, tandis que le ministre de l’Education nationale fait état d’au moins 119 élèves et personnels. Un décompte qui donne la mesure d’un mouvement parti d’un seul département il y a quelques semaines et qui gagne maintenant du terrain.
Le point de départ se situe le 21 septembre, dans l’académie de Créteil. Depuis, la contestation a essaimé dans tout le pays, portée par des lycéens qui dénoncent des classes trop chargées et un manque criant de professeurs. L’Union syndicale lycéenne, par la voix de son président Ryad Rani, dit se battre contre une « violence institutionnelle et sociale » subie par les jeunes depuis neuf ans. Le mouvement a pris de court le gouvernement, qui reconnaît le bien-fondé de certaines revendications tout en condamnant les débordements et ce qu’il appelle une instrumentalisation politique de La France insoumise, à sept mois de la présidentielle.
Les campus entrent à leur tour dans la danse. L’Union étudiante revendique près d’une trentaine de blocages, de Paris (Paris-Cité, Sorbonne-Université) à Strasbourg, Montpellier, Lyon ou Rennes. Elle réclame un « financement massif » des lycées et des universités, quand l’Unef appelle aussi à manifester contre la suppression de places en faculté et le gel des aides personnelles au logement inscrit dans le projet de loi de finances pour 2027. Une nouvelle journée de mobilisation est déjà annoncée pour mardi prochain.
Côté exécutif, la réponse se veut double. Sébastien Lecornu a réuni une cellule de crise, le jour où le budget 2027 était dévoilé avec une enveloppe en hausse pour l’Education nationale. Edouard Geffray a demandé que les cours soient assurés à distance lorsque les dégradations ou les blocus empêchent d’accueillir les élèves en sécurité. Le ministre dénonce des faits « d’une extrême gravité », citant un lycée incendié, des personnels aspergés d’essence et un bilan de blessés qui s’alourdit. Pour lui, ces violences dépassent largement la seule question de l’Ecole.
Les conséquences se font sentir bien au-delà des établissements. À Marseille, la régie des transports a coupé l’intégralité du réseau après des déprédations et des agressions de conducteurs ayant fait des blessés. À Strasbourg, la préfecture a stoppé la circulation des tramways pour limiter les déplacements des casseurs et des manifestants. Dans les Bouches-du-Rhône, 40 lycées sont concernés, dont 18 totalement bloqués, et plus de 4 600 personnes ont participé aux défilés. En Ile-de-France, plus de 200 lycées sont perturbés, une cinquantaine étant le théâtre de heurts, pour une facture de dégradations déjà supérieure à un million d’euros. Des incendies ont éclaté à Nantes et à Rouen, et des faits comparables sont signalés à Rennes comme à Toulouse.
La classe politique s’écharpe sur les responsabilités. Emmanuel Macron dit comprendre les « angoisses » et les « colères » de la jeunesse, sans accepter le recours à la violence. Marine Le Pen, en tête des intentions de vote, réclame le rétablissement de l’ordre et des garanties de sécurité pour les élèves et les enseignants, accusant Jean-Luc Mélenchon de porter une « lourde responsabilité ». Bruno Retailleau va plus loin et pose la question d’une interdiction de LFI, y voyant la « répétition générale » de ce qui pourrait advenir en 2027. Olivier Faure juge de son côté « totale » l’irresponsabilité du gouvernement dans sa gestion du dossier. Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, maintient pour sa part ses propos sur une violence qui « peut être légitime », tout en appelant à l’apaisement.
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