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Des kinés appelés à repérer les mélanomes pour court-circuiter l’attente chez le dermatologue

En Occitanie, cent kinésithérapeutes vont apprendre à débusquer les lésions suspectes sur la peau de leurs patients. Objectif, leur épargner des mois de…

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Des kinés appelés à repérer les mélanomes pour court-circuiter l'attente chez le dermatologue

En Occitanie, cent kinésithérapeutes vont apprendre à débusquer les lésions suspectes sur la peau de leurs patients. Objectif, leur épargner des mois de file d’attente avant une consultation chez un spécialiste.

Trouver un dermatologue relève parfois du parcours du combattant. La Société française de dermatologie parle de trois à six mois d’attente pour décrocher un rendez-vous, et davantage encore dans les territoires les plus délaissés. Le nombre de spécialistes fond depuis une quinzaine d’années, ils sont désormais à peine plus de trois pour 100 000 habitants. En face, le mélanome, le cancer de la peau le plus meurtrier, ne cesse de gagner du terrain partout dans le monde. Résultat, des lésions évoluent sans que personne ne les regarde.

C’est là que l’Occitanie ouvre une autre voie. À Baillargues, près de Montpellier, des kinésithérapeutes venus de tout l’est de la région se sont retrouvés le temps d’une journée pour apprendre à manipuler un dermatoscope, une lentille qui se clipse sur la caméra d’un smartphone et grossit l’image jusqu’à vingt fois. La prise en main est rapide, presque intuitive, et chacun joue le jeu en inspectant les taches, les grains de beauté et les lésions de son voisin. Cette expérimentation, une première en France, doit concerner cent professionnels avant la fin de l’année.

L’idée est née chez un dermatologue montpelliérain, Georges Bes, spécialiste d’imagerie dermatologique à la clinique du Millénaire. Il a observé le lien particulier que son fils, kinésithérapeute, nouait avec les personnes qu’il suivait. Les séances durent trente minutes en moyenne, elles se répètent, et elles se déroulent souvent sur un corps dénudé. De quoi remarquer ce qui bouge. « En 30 ans, j’ai vu beaucoup de grains de beauté qui m’ont interpellé, mais je ne savais pas forcément reconnaître une lésion suspecte », raconte Pierre Jammes, kiné à Montady, près de Béziers. Caroline Laffont-Perrette, qui exerce à Aigues-Mortes, en Camargue, se dit chanceuse d’avoir été retenue parmi des centaines de volontaires. Elle travaille beaucoup sur des reconstructions mammaires après un cancer du sein, signale parfois une lésion qui apparaît ou qui se modifie, et voit ses patients se décourager devant la difficulté d’accéder à un dermatologue. La formation doit lui servir à affiner son coup d’œil et à leur ouvrir plus vite la porte d’une consultation.

Au programme, une journée complète, des cours en ligne et un compagnonnage de plusieurs mois avec des dermatologues. Les kinés y apprennent les signaux qui doivent alerter, une tache qui évolue, une couleur qui n’est pas homogène, un contour irrégulier. Rien qui ressemble à un diagnostic pour autant. Georges Bes le répète, il n’est pas question de transformer les kinés en dermatologues. Le repérage reste opportuniste, il se glisse dans une séance ordinaire et suppose l’accord du patient. La psychologue Hélène Buche, docteur à l’université Paul Valéry de Montpellier, leur donne des clés pour ajuster leur discours et transmettre leur observation sans la transformer en verdict.

Quand une lésion paraît suspecte, sa photo part sur une plateforme de télé-expertise vers un réseau de dermatologues, qui s’engagent à l’examiner sans tarder et à déclencher un rendez-vous en urgence si besoin. L’essai a démarré avec treize kinés, un par département. Six mélanomes et carcinomes ont été détectés. De quoi convaincre l’Agence régionale de santé de soutenir le projet. « On est des lanceurs d’alerte », résume Patrick Saut, président de l’URPS kinés en Occitanie, pour qui ce pré-diagnostic fait gagner un temps considérable face à un cancer. Il rappelle qu’un rendez-vous chez un dermatologue demande en moyenne cinq mois, et que ces mois-là peuvent coûter cher.

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