Société
Mayotte replonge dans la peur du paludisme
Alors que l’île avait presque éliminé la maladie, 244 cas sont déjà recensés cette année. Dans le sud, habitants et autorités tentent d’enrayer la…


Alors que l’île avait presque éliminé la maladie, 244 cas sont déjà recensés cette année. Dans le sud, habitants et autorités tentent d’enrayer la propagation.
Devant une rivière sale de Chirongui, une habitante ne cache pas son angoisse. Les déchets qui s’accumulent attirent les moustiques, vecteurs du paludisme. Et la maladie est bel et bien de retour dans cette commune du sud de Mayotte. Elle vient de l’apprendre et redoute déjà une explosion des cas.
Cette année, 244 cas ont été enregistrés, dont 25 acquis sur place. Un bond spectaculaire par rapport à 2025 qui n’en comptait que 111. Mayotte était pourtant entrée dans une phase d’élimination du paludisme en 2014. Depuis 2020, aucun cas local n’avait été détecté. Mais la donne a changé. Dans les marchés, peu de personnes semblent au courant du retour de la maladie. Une vendeuse interrogée ignore même que le paludisme circule à nouveau dans l’île. Ses collègues non plus ne sont pas informées.
Comment expliquer cette résurgence? La réponse tient en partie aux pays voisins. Aux Comores, le nombre de malades dépasse les 20 000. À Madagascar, les cas ont grimpé en flèche. Résultat, le nombre de cas importés à Mayotte a presque triplé entre 2023 et 2024. Et comme le moustique anophèle n’a jamais disparu de l’île, la transmission locale reprend dans plusieurs villages. Les autorités sanitaires interviennent dès qu’un cas est signalé. Elles dépistent l’entourage et cartographient les zones humides où les moustiques prolifèrent. Distribuer des moustiquaires imprégnées fait aussi partie de la stratégie. Car ce moustique pique surtout la nuit, il est crucial de dormir protégé.
Mais sur le terrain, les difficultés sont nombreuses. Le système de santé est fragile, avec la plus faible densité médicale de tous les départements français. Une mère de famille s’inquiète pour ses enfants, faute de médecins en nombre suffisant. Pour beaucoup, acheter une moustiquaire ou un répulsif représente un budget conséquent. Une habitante explique ne pas avoir les moyens de s’en procurer. Pourtant, dans une pharmacie voisine, les prix démarrent à sept euros pour un répulsif et montent à 25 euros pour une moustiquaire. Un investissement difficile quand la moitié de la population vit avec moins de 260 euros par mois. La lutte contre le paludisme à Mayotte est donc loin d’être gagnée.
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