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Poltava, épicentre d’une bataille mémorielle contre l’héritage russe

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En Ukraine, le musée de la bataille de Poltava incarne désormais la lutte pour réécrire une histoire libérée des narratifs impériaux russes.

Au cœur de l’Ukraine, le musée de la bataille de Poltava est devenu le symbole d’une reconquête identitaire. Alors que le pays affronte l’invasion russe, les autorités ont entrepris une vaste opération de décolonisation visant à déconstruire les récits historiques forgés par Moscou. Cette démarche s’inscrit dans la continuité de la décommunisation engagée après 2014, mais elle plonge plus loin dans le passé, remettant en cause des siècles de propagande impériale.

La bataille de Poltava, en 1709, marqua un tournant dans la grande guerre du Nord. Victorieux face aux Suédois et à leurs alliés cosaques, le tsar Pierre Ier en fit un mythe fondateur de la domination russe sur l’Ukraine. Pendant trois siècles, cette victoire fut instrumentalisée pour légitimer l’emprise de Moscou, tandis que l’hetman cosaque Ivan Mazepa, rallié aux Suédois, était diabolisé comme un traître.

Aujourd’hui, le musée revisite cette histoire. Mazepa y est présenté sous un jour nouveau : un patriote cherchant à préserver l’autonomie ukrainienne face à l’expansionnisme russe. Une installation démonte méthodiquement les « dix mythes russes » entretenus autour de la bataille, notamment celui de la prétendue trahison de Mazepa. Pour les jeunes générations, cette relecture est essentielle. « La décolonisation doit quitter les livres pour investir les réseaux sociaux », estime un professeur d’histoire local.

Mais le processus suscite des tensions. Certains médias accusent le musée de ne pas aller assez loin, critiquant notamment la persistance de monuments glorifiant la victoire russe. Une statue de Pierre Ier a finalement été retirée en 2023, mais les débats restent vifs. La directrice du musée, Natalia Bilan, reconnaît le défi : réinterpréter l’histoire sans occulter ses zones d’ombre.

Pour Lioudmyla Chendryk, guide depuis quarante ans, cette démarche est vitale. « Nous devons affronter nos erreurs passées, notamment notre manque d’unité face à l’adversité », souligne-t-elle. Alors que des soldats ukrainiens signent le drapeau du musée en hommage à « l’esprit cosaque », Poltava incarne plus que jamais un combat pour la mémoire – et pour l’avenir.

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