La célébration de la fin du Ramadan se mue en hommage aux victimes du séisme qui a ravagé la deuxième ville de Birmanie.
La fête de l’Aïd al-Fitr, traditionnellement marquée par la liesse, a pris une tonalité funèbre ce lundi à Mandalay. Des centaines de fidèles se sont rassemblés à même la chaussée, près des mosquées réduites en gravats par le violent tremblement de terre survenu trois jours plus tôt. Les prières joyeuses ont cédé la place aux sanglots et aux suppliques pour les disparus.
Les stigmates de la catastrophe sont partout. Dans le quartier de Mawyagiwah, seize personnes, dont quatorze enfants, ont péri sous l’effondrement du minaret de la mosquée sud de Sajja. À quelques rues de là, quatre autres victimes ont été ensevelies sous les décombres d’un lieu de culte voisin. Parmi les familles décimées, celle de Win Thiri Aung, 26 ans, qui confie d’une voix brisée : « Nos cœurs sont trop lourds pour célébrer. Comment trouver de la joie quand tant d’enfants nous ont été arrachés ? »
Les survivants ont improvisé un espace de recueillement sur des bâches plastiques étendues sur l’asphalte. Les ablutions se font avec des seaux d’eau, tandis que l’imam, la voix tremblante, appelle à la résilience : « C’est une épreuve divine. Elle doit nous rapprocher de la foi. » Les habits neufs, symbole habituel de cette fête, contrastent cruellement avec le désastre environnant.
Si certains secteurs de la ville ont été relativement épargnés, permettant la reprise timide des activités, le quartier musulman porte les plaies les plus profondes. Les récits s’accumulent : une pâtisserie écroulée qui a tué six personnes, un restaurant effondré, un enfant de 11 ans emporté par ses blessures. « Il était si impatient de fêter l’Aïd… », murmure sa mère, serrant contre elle les vêtements qu’ils ne porteront jamais ensemble.
Sous un soleil implacable, la communauté tente de donner un sens à l’indicible. Les mains jointes, les fidèles répètent inlassablement la même invocation : que les âmes des défunts trouvent la paix, et que les vivants soient épargnés par de nouvelles souffrances.