Depuis la chute de l’URSS, des milliers de Russes ethniques quittent chaque année les républiques centrasiatiques, attirés par les promesses d’une vie meilleure en Russie, malgré les défis économiques.
Dans un modeste appartement du Kazakhstan, Tatiana et Dmitri épluchent les conseils d’un groupe Telegram dédié aux expatriés souhaitant rentrer en Russie. Ce couple, comme des dizaines de milliers d’autres, a pris la décision irréversible de quitter l’Asie centrale pour s’installer en Sibérie, terre de leurs ancêtres. Leur motivation ? Retrouver leurs racines et offrir un avenir plus stable à leur famille.
Le programme gouvernemental russe de « réinstallation des compatriotes », lancé en 2006, vise à encourager ce retour massif. Il propose des aides financières, des allocations et même des terres aux candidats au départ. Près de 1,2 million de personnes en ont bénéficié, majoritairement originaires d’Asie centrale. Pourtant, depuis le conflit en Ukraine, l’engouement s’essouffle, avec seulement 31 700 inscriptions en 2024, un chiffre historiquement bas.
Les raisons de cet exode sont multiples. Les Russes ethniques, autrefois privilégiés sous l’ère soviétique, se sentent aujourd’hui marginalisés dans des sociétés centrasiatiques en pleine affirmation identitaire. Les difficultés économiques, le chômage et la barrière linguistique poussent beaucoup à partir. Lioubov, guide touristique au Kirghizstan, confie que sa fille, diplômée en médecine, a déjà quitté le pays faute de débouchés professionnels. « La Russie, c’est l’avenir pour mes enfants », assure-t-elle.
Malgré les défis – salaires modestes, adaptation difficile –, la Russie reste perçue comme une terre d’opportunités. Semion, informaticien ouzbek, souhaite que ses enfants grandissent dans un environnement russophone, de plus en plus rare même à Tachkent. Valentina, coiffeuse turkmène, vend son appartement pour tenter sa chance à Voronej. « Ici, il n’y a plus de perspectives », résume-t-elle.
Si certains regrettent déjà le soleil et la quiétude de l’Asie centrale, la plupart estiment n’avoir d’autre choix que ce départ. Un mouvement qui, loin de s’inverser, redessine peu à peu les équilibres démographiques de la région.