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Culture

Yves Boisset, le réalisateur qui défiait les interdits

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Cinéaste engagé, il a marqué le 7e art par ses films polémiques et son refus obstiné de se taire.

Yves Boisset, disparu à 86 ans, laisse derrière lui une filmographie militante, où chaque œuvre sonnait comme un coup de poing. Des années 1970 à son virage vers la télévision, il n’a cessé de bousculer les tabous, quitte à affronter censures et menaces.

Dès ses débuts, le réalisateur a choisi le terrain miné des affaires politiques. « L’Attentat », inspiré de l’assassinat de Ben Barka, lui vaut les foudres des autorités. Peu importe : Boisset persiste. Avec « R.A.S. », il plonge dans les zones d’ombre de la guerre d’Algérie, déclenchant l’ire de l’extrême droite et des censeurs. Les scènes de torture, tronquées sous pression, n’empêchent pas le film de rencontrer son public.

Mais c’est « Dupont Lajoie », en 1975, qui cristallise sa réputation de provocateur lucide. Autour du meurtre raciste d’un ouvrier algérien, le film déclenche des violences lors des projections. Boisset, lui, reste imperturbable : « Je filme la bêtise humaine, et le racisme en est une forme parmi d’autres », assène-t-il.

Ses héros, souvent interprétés par des monstres sacrés (Jean Carmet, Patrick Dewaere, Lino Ventura), incarnent des hommes ordinaires en quête de vérité, broyés par le système. Dans « Le Juge Fayard », il s’attaque au SAC, le service d’ordre gaulliste, obligé de caviarder son scénario. Un subterfuge qui se retourne contre la censure : à chaque « bip » remplaçant le mot interdit, les salles s’enflamment.

Las des obstacles, Boisset abandonne le cinéma en 1991 pour la télévision, sans renoncer à ses combats. Ses téléfilms, de « L’Affaire Seznec » à « Le Pantalon », continuent d’explorer les scandales historiques. Jusque dans ses mémoires, « La Vie est un choix », il assume ses prises de position, quitte à en payer le prix.

Cinéaste insoumis, Yves Boisset a transformé l’écran en tribune. Son héritage ? Des films qui résistent au temps, parce qu’ils parlent, sans fard, des fractures de la société.

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