Malgré une décision judiciaire en suspens, le Premier ministre israélien impose son choix à la tête des services secrets, alimentant une crise institutionnelle.
Le bureau de Benjamin Netanyahu a officialisé la nomination d’Eli Sharvit, ancien commandant de la marine, comme futur directeur du Shin Bet, le service de sécurité intérieure israélien. Cette décision intervient alors que la Cour suprême a gelé le limogeage du directeur actuel, Ronen Bar, suite à des recours juridiques. Les juges doivent statuer sur la légalité de cette révocation d’ici le 8 avril, mais le chef du gouvernement a choisi d’anticiper en désignant son successeur.
La décision de Netanyahu de se séparer de Ronen Bar, prise le 21 mars, était justifiée par une « perte de confiance professionnelle et personnelle », selon un communiqué officiel. Le départ de Bar était initialement prévu pour le 10 avril, mais la procédure a été suspendue par la justice. Le choix d’Eli Sharvit, un militaire expérimenté avec 36 ans de carrière, dont cinq à la tête de la marine, est présenté comme une réponse aux défis sécuritaires, notamment face au Hamas, au Hezbollah et à l’Iran.
Cette nomination anticipée suscite de vives critiques. Des experts juridiques y voient une tentative d’influencer la Cour suprême, tandis que l’opposition dénonce une manœuvre « irresponsable ». Yaïr Lapid, chef de l’opposition, accuse Netanyahu de vouloir étouffer l’enquête sur le « QatarGate », une affaire de corruption impliquant des proches du pouvoir. Deux conseillers du Premier ministre ont d’ailleurs été arrêtés dans ce cadre, ce que Netanyahu qualifie d' »enquête politique ».
Benny Gantz, autre figure de l’opposition, met en garde contre une « crise constitutionnelle dangereuse », jugeant que le gouvernement défie systématiquement les institutions. Certains juristes, comme Ronit Levine-Schnur, soulignent que la nomination ne sera effective qu’après validation officielle, mais critiquent le timing provocateur de l’annonce.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de tensions entre l’exécutif et le judiciaire. Le Parlement a récemment adopté une loi renforçant le contrôle politique sur les nominations des juges, relançant les craintes d’une dérive autoritaire. Les manifestations se multiplient, dénonçant ce qui est perçu comme une attaque contre l’État de droit. Entre réformes controversées et nominations contestées, Netanyahu semble jouer un jeu risqué, au risque d’enflammer davantage la société israélienne.