Des milliers de kilomètres les séparent de leur terre natale, mais la douleur est intacte. La communauté birmane de Taïwan vit dans l’angoisse depuis le violent tremblement de terre qui a ravagé la Birmanie.
Dans le quartier de Zhonghe à New Taipei, les visages sont marqués par l’inquiétude. Yang Bi-ying, une septuagénaire installée depuis des années à Taïwan, n’a pas pu retenir ses larmes en découvrant les images des dévastations. Sa belle-fille vit à Mandalay, la région la plus touchée par le séisme de magnitude 7,7. Si ses proches sont sains et saufs, le bilan humain, qui dépasse déjà les 1 700 morts, la hante. « Je ne pouvais que pleurer. Il n’y avait rien d’autre à faire », confie-t-elle, la voix tremblante.
Comme elle, des dizaines de membres de la diaspora birmane scrutent leurs écrans, tentant désespérément d’avoir des nouvelles. Yeh Mei-chin, restaurateur dans le quartier, montre une vidéo où des immeubles effondrés jonchent les rues de Mandalay. Sa famille, miraculeusement épargnée, refuse de retourner chez elle par crainte des répliques. « Ils cherchent encore un endroit où dormir », explique-t-il, le regard perdu.
Les communications avec la Birmanie restent précaires. Les réseaux sociaux comme Line ou WeChat deviennent des bouées de sauvetage, mais les connexions intermittentes compliquent tout. « Parfois, on arrive à envoyer un message vocal, mais les appels ne passent presque jamais », déplore Lee Pei, président d’une association locale. L’instabilité des infrastructures en Birmanie, déjà fragilisées par des années de crise politique, aggrave la situation.
L’histoire de cette communauté taïwanaise d’origine birmane remonte à l’exode des nationalistes chinois après leur défaite face aux communistes en 1949. Aujourd’hui, ils seraient près de 160 000, dont beaucoup originaires de Mandalay. Parmi eux, Aung Kyaw Zaw, étudiant de 24 ans, évoque avec effroi les récits qui circulent sur les réseaux : des odeurs de cadavres, des zones entières coupées du monde. « Certains de mes amis n’ont toujours pas donné signe de vie », murmure-t-il.
La méfiance envers la junte militaire au pouvoir depuis 2021 ajoute une couche d’amertume. « Ils ne font rien pour aider la population », accuse Yi Chint, un jeune homme de 24 ans. Les dons envoyés par la diaspora arriveront-ils vraiment aux sinistrés ? Beaucoup en doutent. Dans les rues de New Taipei, l’impuissance se mêle à la colère. Loin de leur pays, ces exilés ne peuvent qu’attendre, espérer, et pleurer.